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Jean 1.1-18 : Et la Lumière vint

Dans la Bible il y a des passages obscurs qui nous déboussolent et il y a des passages clairs et brillants, des paroles simples qui nous touchent et nous soulagent. Celui du prologue de l’évangile de Jean pourrait faire partie des deux catégories.

Pourtant, il s’agit peut-être du passage le plus connu, incontournable dans le cheminement de la foi. Si quelqu’un nous demande de résumer l’évangile, quelle meilleure réponse se référer au fameux prologue ? Rien que le premier verset, « Au commencement était le Verbe » est un classique biblique qui, en faisant écho à la Genèse, donne une unité unique à la révélation divine et ouvre la voie, en même temps, à une révélation nouvelle, celle d’une Parole qui s’incarne.

LumièreTel un ermite qui cherche une grotte pour s’abriter, ce passage est un tunnel obscur. En s’aventurant à l’aveuglette, le visiteur se heurte contre les irrégularités du sol. Et puis, les yeux s’habituent à la pénombre. Graduellement, les ombres deviennent nettes et tout acquiert une clarté pâle. Soudainement, elle est là. La vérité, brillante dans les ténèbres. Le Verbe, créateur de tout ce qui existe, ce Verbe qui est la lumière véritable et la vie elle-même, ce Verbe est devenu homme et il est venu planter sa tente parmi nous, il expérimenta nos faiblesses, nos espoirs et nos frustrations. Et puis il nous montra le chemin vers le Salut, la réconciliation avec Dieu, il nous révéla que nous pouvions naître à nouveau, en tant qu’enfants de Dieu cette fois-ci, libres enfin, éternels.

Dans la pénombre de la grotte on aperçoit aussi des zones d’ombre, des formes que l’on n’arrive pas vraiment à deviner. La lumière était en Lui, ou il était la lumière ? Il était dans le monde, mais le monde fut créé par Lui ? Il est Dieu et personne n’a jamais vu Dieu, mais des hommes ont pu contempler Sa gloire ? Malgré la simplicité syntaxique du texte, le protagoniste de ce récit semble être attrapé dans la dualité de sa nature et de son œuvre.

En physique la question de la nature de la lumière fut l’objet d’une controverse qui traversa les époques. Depuis de XVIIème siècle, Christian Huyguens proposa une théorie selon laquelle la lumière est une onde, une oscillation. Isaac Newton, proposa de son côté une théorie corpusculaire, celle de particules qui composent les faisceaux de lumière. Afin de prouver la thèse de Huyguens, Young proposa une expérience scientifique pouvant être reproduite par tous. Cette expérience consiste à mettre devant une source lumineuse, une bougie, par exemple, un écran percé de deux fentes. Chacune de ces fentes devient une source lumineuse à son tour, comme lorsque l’on laisse entrebâillées deux portes d’une même pièce illuminée. On enregistre alors sur un autre écran ou sur une plaque photographique la lumière issue des deux fentes. Sur l’enregistrement on peut voir, non pas deux franges correspondant aux deux fentes, mais une alternance d’une multitude de franges brillantes et de franges obscures. Cette image montre à elle seule que la lumière se propage sous la forme d’ondes qui se diffractent et interfèrent entre elles avec une régularité surprenante.

Il aura fallu attendre le début du XXème siècle pour que les travaux d’Albert Einstein montrent que la lumière possède les deux natures simultanément : elle est composée de particules (photons) qui se comportent de manière ondulatoire. Dans l’expérience de Young, les photons se concentrent sur les franges brillantes, là où les ondes issues des deux sources interfèrent. Mais dans les franges obscures, il y a aussi de la lumière, des photons qui ne sont pas assez nombreux pour être aperçus à l’œil nu.

De la même façon que la lumière a une double nature, il est possible voir l’incarnation du Fils sous deux angles. D’une part, sa nature est « corpusculaire », incrustée dans toutes les choses qui existent. D’une autre part, elle est ondulatoire, lorsqu’elle est reconnue, acceptée, lorsqu’elle peut « interférer » avec sa création. De la même façon que l’esprit de Dieu se déplaçait sur la surface des eaux dans le récit de la Genèse, la lumière se reflète dans les hommes, elle est la vie qui anime sa propre création. Mais cette lumière ne peut briller que lorsqu’elle est en phase avec la volonté humaine, lorsque nous la reconnaissons, que nous l’acceptons par la foi et que nous l’invitons à vivre en nous. Ce n’est qu’à ce moment-là que la lumière vient et brille de tout son éclat. Ce n’est que de cette façon-là que nous pouvons refléter sa gloire et que cette gloire resplendit dans un monde envahi par les ténèbres.

Diego Moreno