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Interview de Martin Luther

Le Riou. Le bonjour Monsieur Luther, nous nous réjouissons de pouvoir discuter un peu avec vous ! Cela n’a pas été facile de vous joindre : remonter cinq cents ans en arrière présente quelques problèmes de logistique. Vous êtes né à la toute fin du XVème siècle, en 1483. Pouvez-vous nous raconter d’où vous venez ?

Martin Luther. Je suis né d’une famille de confession catholique. J’ai étudié le droit mais j’ai consacré ma vie à Dieu. Je n’oublierai jamais ce jour terrible : pris dans un orage d’une grande violence, j’ai juré à Dieu que je deviendrai moine si j’échappais à la foudre. Et j’échappai à la foudre. Au couvent, j’ai ainsi commencé à étudier la théologie et je suis devenu docteur en 1512.

Le Riou. Comment était la vie, au couvent ?

M. L. Quand je ressasse mes souvenirs de ce temps-là, les images d’une vie rude et précisément réglée me reviennent. Nous priions beaucoup et nous lisions tous les jours la Bible. Cependant, j’étais torturé par une idée qui ne me quittait jamais : nous étions tous pécheurs. Nous devions expier nos péchés en nous confessant et en subissant des châtiments corporels. Je ne parvenais pas à agir de la manière parfaite décrite par la Bible et par nos enseignements : je me dirigeais chaque jour vers le confessionnal et me soumettais à tant de privations et de châtiments que le prêtre me dit de cesser !

Le Riou. Qu’avez-vous alors fait ? Que s’est-il passé, quelque chose a-t- il changé ?

M. L. Je lisais la Bible, comme chaque jour : la lettre de Paul aux Romains. Plus précisément encore, le verset 17 du premier chapitre : « celui qui est juste par la foi vivra ». Brusquement, tout ce que j’avais fait jusqu’à présent perdait tout son sens. Brusquement, j’ai compris que le fondement de toute notre foi, ce ne sont pas nos actions mais la Grâce. Celui qui est juste par la foi vivra.

Le Riou. Cela a complètement changé votre vision. Comment avez-vous alors réagi face aux agissements de l’église catholique à l’époque ?

M. L. Connaissez-vous les indulgences ? Il y avait un commerce dans l’Eglise catholique : les personnes payaient l’église afin d’être absoutes de leurs péchés. Après avoir découvert la Grâce, je ne pouvais détourner les yeux : j’ai écrit les 95 thèses que vous connaissez. Elles dénonçaient le commerce des indulgences, expliquaient l’idée de la Grâce et en décrivaient les conséquences. Avec la foi pour seule justification face à Dieu, les indulgences n’ont aucun sens ! Ces thèses furent affichées à Wittemberg en 1517.

Le Riou. Grâce à la toute jeune imprimerie, elles se sont répandues comme une traînée de poudre et vous êtes convoqué en 1518 par le pape Léon X. Mais le prince Frédéric II de Saxe obtient que vous soyez jugé en Allemagne : d’abord en 1518, puis en 1521.

M. L. Je ne souhaitais pas être séparé de l’Eglise catholique, seulement l’améliorer. J’ai expliqué et défendu mes thèses, puis refusé de désavouer ce que j’avais écrit. En conséquence, j’ai été excommunié et mis au ban de la société par Charles QUINT. Cela signifie que je n’avais plus d’existence au sein de l’Empire. Quiconque aurait pu me tuer sans pour autant être reconnu coupable d’un crime.

Le Riou. Frédéric II vient alors à votre rescousse et vous héberge dans son château de la Wartburg. Qu’avez-vous fait pendant ce temps, forcé de vivre reclus, loin du monde ?

M. L. J’ai continué à écrire et j’ai traduit la Bible dans la langue allemande : par sa foi, chaque chrétien a une relation personnelle avec Dieu. Je souhaitais que la Bible soit écrite dans la langue de mon peuple, pour qu’il puisse véritablement la comprendre. L’imprimerie a bien aidé à la diffusion de cette traduction.

Le Riou. Ainsi est née la Réforme, que vous n’aviez pourtant ni souhaitée ni anticipée… Nous vous remercions pour ce temps que vous nous avez accordé dans votre repos, cher Monsieur.

M. L. Et j’y retourne promptement. Quant à vous, souvenez-vous toujours : Celui qui est juste par la foi vivra.

Propos recueillis par Marina BEZIN