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Abraham ou la foi qui compte !

Introduction

Nous continuons notre série sur la Genèse et nous devons tous reconnaitre qu’après Babel nous nous trouvons un peu découragé sur l’état de l’humanité ! Comme on peut l’être parfois avec un enfant qui fait bêtise sur bêtise et qui ne semble pas pouvoir sortir de la spirale de ses bêtises malgré tout l’amour qu’on lui donne. A la fin du chapitre 11 la question se pose : Quel espoir reste-t-il ?

Le chapitre 11 termine sur une généalogie qui nous semble dénuée de tout intérêt mais qui arrive à un nom : Abram et surtout à une série de mots qui font du bien, comme ce mot: bénédiction qui revient 5 fois en deux versets. Après avoir entendu une série de malédictions pour Adam et Ève, Caïn et Abel, le déluge, la tour de Babel et même si nous avons pu voir quelques lueurs d’espoir et même arc-en-ciel, le tableau semblait relativement sombre. Mais en Genèse 12, on entend à nouveau le mot de bénédiction, on dit du bien comme dans le premier chapitre où Dieu dit du bien de sa création.

Il y a un tournant dans l’histoire de la relation entre Dieu et les hommes. Quand je vous parle de tournant, vous serez certainement enclins à me croire sur parole mais vous vous demanderez peut-être aussi ce matin: quel intérêt cette histoire d’Abraham peut-elle avoir pour moi ? Deux réponses à cette question.

  • Cette histoire m’intéresse parce qu’elle est dans la Bible et que la Bible est Parole de Dieu qui révèle Dieu et qui nous parle de ses intentions et son projet pour le monde et qui par la même occasion, renouvelle également la vision que je peux avoir sur ce monde.
  • Mais ce récit d’Abraham nous intéresse aussi parce que le NT nous apprend que nous sommes les enfants d’Abraham, les fils et les filles d’Abraham. C’est une information intéressante et intrigante aussi : en quoi et pourquoi serions-nous les enfants d’Abraham ? Si on nous parle de paternité, on voudrait connaître un peu mieux le père, faire une sorte de recherche de paternité ou de recherche ADN pour savoir de quoi se compose la torsade de chromosomes d’Abraham dont nous aurions héritée…

Si on prend le microscope, on va pouvoir isoler dans l’ADN d’Abraham un chromosome caractéristique qui s’appelle la foi. Dans l’histoire d’Abraham, le leitmotiv, la trame, le fil rouge, le message central c’est la foi. Et si nous sommes des enfants d’Abraham, il y aurait de fortes chances que ce soit en rapport avec la foi, celle d’Abraham et la nôtre… la nôtre et celle d’Abraham.

Je me propose ce matin de faire un zoom sur la foi d’Abraham, une foi qui a compté pour lui, qui a été, comme dit le verset 6 chapitre 15 : portée à son compte, à son crédit. Le Nouveau Testament reprend cette expression plusieurs fois et notamment dans Romains. Quand on parle de crédit on commence à tendre l’oreille. Surtout en cette période d’avant Noël, on est plusieurs à se dire que si notre compte bancaire pouvait être crédité de quelques entrées inespérées, ce serait pas mal. Mais on peut se poser la question également au niveau de la foi. Est-ce que nous avons une foi qui compte, qui pourrait être porté à notre crédit ? Pour le savoir, je vous propose de faire une étude ADN de la foi d’Abraham, une foi qui compte.

La foi comme réponse à la Parole

D’abord ce qu’on peut dire de cette foi qui compte c’est qu’elle n’est pas première dans l’histoire d’Abraham. Ce qui est premier, c’est la Parole de Dieu. Verset 1 : « L’Éternel dit à Abraham ». On ne connait pas vraiment Abraham, il n’est pas connu pour ses bonnes actions, sa fidélité ou sa piété. Dieu lui adresse la Parole comme on dit en anglais « out of the blue », de nulle part sans préambule ni préalable. On est là comme dans la création où chaque jour commence par ce « Dieu dit » et la chose fut. C’est ce qu’on appelle la parole créatrice. « Au commencement était la parole, » nous dit Jean. Il y a toujours une Parole en premier et elle vient de Dieu. Et ici pour Abraham la Parole qui lui est adressée est un appel à la foi : il lui dit de quitter son pays et d’aller, il lui parle de bénédiction pour lui et d’être lui une bénédiction pour les autres. Et Abraham va répondre à cette Parole. La Parole est première et la foi est réponse à cette Parole de Dieu.

Et cette parole de Dieu est une Parole d’amour et notre réponse sera une réponse d’amour mais dans cette belle histoire d’amour, la Bible nous rappellera toujours qu’il nous a aimé le premier. Dieu nous dit : je t’aime en Jésus-Christ. Et notre foi jaillit de cette parole fondatrice et créatrice de vie et cette parole appelle une réponse.

C’est important de constamment se souvenir de cette primauté de la parole. Sinon on peut faire de la foi une œuvre tout à fait humaine qui existerait en tant que telle et dont on pourrait tirer sinon orgueil du moins une petite satisfaction personnelle : « T’as vu ma foi ? Et bien ma foi elle est pas mal du tout, je n’en suis pas mécontent. » Mais ce n’est pas la foi qui compte. La foi qui compte est celle qui est réponse à la parole de Dieu, cette parole de grâce qui s’adresse à chacun d’entre nous comme elle s’adresse à Abraham alors qu’il ne présente rien au préalable.

Je lisais dans un livre qui s’intitule « La mission de Dieu » : « L’accent est mis sur l’initiative gracieuse de Dieu lui-même et sur ses promesses incroyablement inattendues. » Et oui, ses promesses de bénédiction sont incroyablement inattendues. Elles font écho à Babel mais un écho inversé : « Je rendrai ton nom grand » et le mot « sur toute la terre » revient plusieurs fois. Alors qu’à Babel ce n’était que division et dispersion, ici il y a bénédiction pour toute la terre. Ce Dieu est incroyable, ses promesses sont incroyablement inattendues, comme ses promesses faites à Zacharie, Marie, à Siméon. Toutes des personnes qui ont répondu à la parole de Dieu et qui se sont saisis de cette promesse.

Petite question, est-ce que notre foi est une réponse à la parole de Dieu ou quelque chose de très détachée, éthérée, nuageux, « in the cloud » ? Sur quoi repose ma foi ?

La foi en mouvement

Mais la foi qui compte n’en reste pas là, c’est aussi une foi qui se met en mouvement. Au verset 4, « Abraham partit donc comme l’Éternel lui avait demandé. » Et c’est une marque de la foi qui compte, elle se met en mouvement. C’est un peu normal que la réponse d’Abraham ait été une réponse en mouvement, puisque la parole qui lui était adressée était une parole qui appelait au mouvement : « Va et quitte ton pays ta famille et la maison de ton père » (verset 1). Il y a le verbe aller ou littéralement « Mets-toi en marche » qui exprime l’idée de mise en route, mais aussi celle de départ. On part de quelque chose c’est-à-dire qu’on quitte aussi quelque chose, le verbe quitter s’y trouve, confirmé par le verbe quitter au verset 1 : quitte ton pays et la maison de ton père. Vas-t-en de ta famille (ou tes origines) et de la maison de ton père, bref de tout ce qui faisait ta sécurité et peut-être même ton identité.

Alors on ne sait si c’était facile pour Abraham de quitter sa famille, probablement que non. Et je ne sais pas très bien ce qu’il faut quitter aujourd’hui pour entrer dans une vie de foi ou de confiance en Dieu. Peut-être quelques ziggourats mal construites, quelques sécurités qui nous enferment. Peut-être comme les filets de Pierre et André, ou la table de péage de Matthieu… qu’il faudrait peut-être quitter pour vivre un chemin de foi, ou tout simplement son pays.

Je lisais un commentaire écrit par un missionnaire, il voyait là dans ce mot « quitter » toute la mission en germe… « Pour certains cela signifiera comme pour Abraham de littéralement quitter leur maison ceux qui les aiment et partir vers un autre pays» (Denis Lane p.13). C’est bien une remarque de missionnaire mais qui doit être entendue, n’est-ce pas ? Pour d’autres cela ne voudra peut-être pas dire la même chose mais en tous cas, la foi implique de se mettre en marche dans nos vies, de créer une certaine dynamique. On pourrait le dire autrement: la foi doit pouvoir faire la différence dans la vie ! La foi qui compte est celle qui fait la différence et vous me voyez venir avec ma prochaine question : est-ce que ma foi est en mouvement ? Est-ce qu’elle fait la différence dans ma vie ? Je me la pose aussi. Est-ce qu’elle fait la différence ou je m’inquiète toujours autant ? Est-ce qu’elle fait la différence ou je cherche à contrôler toujours autant, est-ce qu’elle fait la différence ou au contraire je reste centré sur moi-même et mon confort ? Est-ce que ma foi reste dynamique, porté vers Dieu dans la confiance qu’il va réaliser ses promesses ?

Quand Dieu le père ou Dieu le fils nous appelle à la foi c’est à un mouvement qu’ils nous appellent. Un peu plus loin dans le livre de la Genèse, au chapitre 15, Dieu va renouveler sa promesse de descendance à Abraham et de bénédiction. Et si Dieu répète ses promesses tout au long de la vie d’Abraham c’est parce que le temps passe et qu’il passe vite surtout quand on attend. Abraham reçoit la promesse à 75 ans alors qu’il est un jeune gaillard, mais à 86 ans il n’a encore rien vu venir et il n’aura Isaac qu’à l’âge de 100 ans… Dieu prend soin de renouveler sa promesse et dans Genèse 15, il l’invite à sortir de sa tente et à contempler le ciel et s’il le peut à compter les étoiles (15 :5). Sors de ta tente ! Encore une fois sors de ton confort et peut-être aussi de ton cadre limité par des murs intérieurs, sors de ton cloisonnement, de tes modes de pensées, parfois très réalistes très pragmatique trop peut-être, sors de ta « real politiek » et lève les yeux vers le ciel, compte les étoiles et que tes yeux puissent être en être remplis. Ce matin, en ce deuxième dimanche de l’Avent, j’ai l’impression que Dieu nous dit de sortir de notre tente et de commencer à rêver, rêver de la réalisation de la promesse de Dieu, rêver de l’impossible de Dieu… oui rêver comme les captifs qui rentrent vers Sion « Quand l’Eternel ramena les captifs de Sion nous étions comme des rêveurs ». Devenir des rêveurs dans la foi. Vous me connaissez j’aime dire qu’avoir la foi ce n’est pas être un doux rêveur, qu’il y a de bonnes raisons pour croire, mais en même temps avoir la foi c’est aussi savoir lever les yeux vers le ciel et regarder à l’infini de Dieu. Regarder à la toute-puissance de Dieu, regarder à sa fidélité qui va jusqu’aux nuées, regarder à son amour qui va jusqu’à la croix, regarder à la résurrection qui va jusque dans la vie éternelle. Sors de ta tente, lève les yeux, aie confiance, aie la foi qui compte les étoiles, aie la foi qui compte.

Une petite question en passant, depuis quand n’êtes-vous pas sorti de votre tente pour compter les étoiles de la bénédiction de Dieu ? Depuis quand, homme ou femme de la foi n’avez-vous pas rêvé des promesses incroyablement inattendues de Dieu ?

La foi dans la faiblesse

Le troisième aspect de cette foi qui compte, en tous cas qui caractérise la foi d’Abraham et donc la foi qui est portée à son crédit, c’est paradoxalement sa faiblesse. On a lu tout le chapitre 12 tout à l’heure et vous avez été horrifié de l’attitude d’Abram vis-à-vis de Saraï. Ils sont tous les deux en Egypte, Saraï est belle, les égyptiens sont intéressés. Abraham a peur. Il dit : « Ils vont me tuer et te laisser ma belle princesse la vie sauve » et pour Abram ce n’est pas un bon plan ! Il fait donc passer Saraï pour sa sœur et la livre aux Egyptiens, la vend aux Egyptiens. Il ne ment qu’à moitié, elle était sa demi-sœur, mais il était complètement marié avec elle. Abraham est un lâche, un couard et un salaud de premier ordre, sauf mon respect pour le patriarche qu’il est. Si Saraï avait eu la possibilité, elle aurait pu écrire un message sur « mee too » en parlant d’Abram. Je souris mais c’est grave ce qui se passe à l’encontre des femmes et ce qui s’est passé pour Saraï. On peut lui trouver des excuses, comme une déception de se trouver dans une famine alors qu’il a reçu des promesses de bénédictions. Et on sait combien la déception conjuguée à la peur peuvent nous pousser à faire des choses extrêmes qu’on n’aurait pas faites dans d’autres circonstances, mais on ne va pas lui chercher des excuses. Il n’en a pas. Abraham met la vie de sa femme en danger et celle des Egyptiens, au lieu d’être une bénédiction pour les autres, il devient un danger pour les autres, une malédiction. Et en plus, il va récidiver quelques années plus tard. Et ce type est déclaré un héros de la foi dans l’épitre aux Hébreux ! C’est par la foi que le grand Abraham… Et nous sommes déclarés les enfants d’Abraham ? Bigre quelle paternité ! Faut assumer.

Que s’est-il passé chez Abraham ? Où est passé l’homme de foi ? Pas d’explications psychologisantes dans le récit, mais on remarque deux choses. D’abord que la faute d’Abraham lui revient en face par l’intermédiaire des Egyptiens. Ce sont eux qui sont les porte-parole de Dieu dans l’histoire et qui vont lui dire : « Que nous as-tu fait ? Vas-t-en vite. » Mais on remarque aussi que la promesse de Dieu qu’il sera une bénédiction pour les autres ne lui est pas retirée pour autant. L’appel de Dieu reste de mise malgré la lâcheté de son serviteur. Malgré cet instant de grande faiblesse et le mot est faible. Malgré sa récidive, Dieu reste fidèle à sa parole et manifeste sa grâce en choisissant des êtres faibles et fragiles et décevants et dangereux et vulgaires.

C’est peut-être notre époque qui veut ça, mais on voudrait tant que les héros de la foi soient des super héros, sans peur et sans reproche, mais la réalité de la grâce de Dieu nous donne un autre tableau, non ce sont des hommes et des femmes comme vous et moi, capable de se lever et partir sur une seule parole de Dieu, mais capable aussi d’immense lâcheté. Et même si cette histoire est révoltante, elle est quelque part rassurante dans le sens où si la grâce est à l’œuvre dans des êtres comme Abraham, elle est aussi à l’œuvre dans des êtres comme moi, capable du meilleur comme du pire ou en tous cas du vraiment moins bon.

Oui la foi n’est pas monolithique, elle n’est pas d’un seul bloc, elle tient compte de l’humain et même de son mal intérieur et surtout elle se vit dans l’amour et la grâce de ce Dieu qui lui reste fidèle à sa Parole à sa promesse.

L’aboutissement de la foi

On termine avec un dernier aspect de cette foi d’Abraham qui est en fait l’aboutissement. On l’a lu, Paul dit à tous les chrétiens qu’ils sont des enfants d’Abraham. Est-ce que cela signifie simplement que nous avons en Abraham un exemple de foi ? Oui certes, il y a l’exemple mais il y a plus que cela. Quand Dieu dit que toutes les nations seront bénis en Abraham, c’est parce que comme le disait Calvin : « Christ était dans les reins d’Abraham. » Cela veut dire que l’accomplissement de la promesse et la bénédiction de toutes les nations est en Christ. Il est la descendance d’Abraham et nous sommes la descendance d’Abraham en Lui. Galates 3 :29 « Vous êtes Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un. Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham. »

Oui, nous sommes bénis en Christ. Nous avons tout pleinement en Christ. Et si parfois notre foi ressemble à une feuille de papier cigarette comme me le disait quelqu’un, tellement fragile, tellement fine, c’est en lui que nous sommes appelés à rêver, à placer notre foi, à nous réjouir de ses promesses incroyablement inattendues à notre égard. Oui la foi qui compte et qui est portée à notre crédit, c’est celle qui est en Christ. Oui en Lui, nous sommes les enfants de la promesse.

Mais héritage n’est pas figé, on ne reste pas assis dessus comme Picsou sur son tas d’or. Il s’agit de vivre de cet héritage par la foi. Et la meilleure façon de le vivre, c’est de participer à la réalisation de la promesse de Dieu faite à Abraham, c’est de devenir soi-même une bénédiction pour les autres, pour le monde. Et là on devient réellement les descendants d’Abraham. Je lisais encore dans ce livre « La mission de Dieu » : « Les deux qualités de foi qui ont animé Abraham à savoir cette foi qui lui permet de croire, d’espérer contre toute espérance et cette foi qui lui permet d’obéir de se mettre en marche sont les qualifications nécessaires pour participer efficacement à l’immense mission résumée par deux petits mots en hébreu : sois une bénédiction. » J’ai trouvé cela tellement beau, vrai et stimulant. N’est-ce pas là le plus beau rêve que nous puissions avoir et en même temps le plus beau défi qu’il nous est donné de vivre, être une bénédiction pour ce monde égaré qui va mal, pour cette création qui souffre, pour ce prochain qui peine dans sa solitude, pour ses frères et sœurs qui plient sous le poids de la charge. Ou pour tout simplement mon voisin de ce matin. Etre une bénédiction.

Je suis sûr que vous vous levez chaque matin en vous disant : aujourd’hui comme hier je vais être une bénédiction pour le monde. Je vous fais un aveu : pas moi !

J’ai besoin que le Seigneur me rappelle que je suis appelé à rentrer dans sa promesse, à être sel et lumière sur cette terre, être une bénédiction pour ce monde. Et si je me mets en marche pour cette vie par la foi, cette foi qui compte, c’est bien parce qu’il m’a aimé le premier.

Amen