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Attendre, ou faire semblant?

Nous avons aujourd’hui allumé la 4ème bougie. Nous sommes le 4ème et dernier dimanche de l’Avent. La semaine prochaine, ce sera enfin Noël !

Nous arrivons à la fin de cette période d’attente et de souvenir. Attente et souvenir de la venue du Fils de Dieu sur Terre.

C’est quelque chose de régulier, rien d’inattendu là-dedans. Chaque année nous nous souvenons. Chaque année nous attendons. Puis chaque année, nous célébrons la venue du Christ le jour de Noël.

Pour nous, chrétiens, cette fête garde tout son sens. Mais pour notre monde, avec le temps, elle devient une sorte de folklore. Et j’ai envie de dire que c’est presque normal ! Quand une chose se répète chaque année depuis près des centaines d’années, au bout d’un moment, le sens se dilue, le message se disloque. La coquille de la fête est toujours là, mais elle se vide peu à peu.

  • Un Sauveur très attendu.

Je sais, cette réflexion n’est pas très réjouissante, mais elle m’a amené à me questionner sur le peuple d’Israël et sa manière d’attendre la venue du messie.

Entre les prophéties du prophète Ésaïe qui annoncent le messie et la venue du Christ, le peuple d’Israël a attendu 700 ans. Génération après génération, pendant 700 ans ils se sont transmis une promesse de Dieu.

Mais après tout ce temps, est-ce qu’ils y croyaient encore vraiment ? Est-ce qu’ils l’attendaient toujours ? Ou est-ce qu’après autant de temps c’était pas devenu également une sorte de folklore national pour les hébreux ? Une promesse qui demeure mais dont le sens se serait dissout pour les juifs.

Alors j’ai cherché dans la Bible, j’ai cherché des preuves d’une attente réelle chez les juifs de la réalisation de ces promesses même à l’époque de Jésus. Et je suis tombé sur un texte assez court qui se trouve dans le livre des Actes. C’est un texte qui se passe un certain temps après la mort, la résurrection et la montée de Jésus au ciel. Ce texte nous raconte une discussion entre les responsables religieux juifs qui se demandent quoi faire des disciples de Jésus qui sont de plus en plus nombreux alors que Jésus n’est plus là. Ce texte se trouve en Actes chapitre 5, les versets 34 à 39.

Lecture Actes 5.34-39

Les responsables juifs discutent de quoi faire au sujet des disciples de Jésus qui sont de plus en plus nombreux. Ca les inquiète. Mais ils ne savent pas s’ils doivent laisser faire, ou intervenir.

Alors un de ces responsables juifs, Gamaliel, leur rappelle 2 exemples historiques récents. Enfin récents, à l’époque. Il leur parle d’un certain Theudas et d’un certain Judas le Galiléen. Alors ce Theudas on ne le connait pas ailleurs que dans ce texte. On n’en a pas de trace, à par ce texte.

Mais Judas le Galiléen on le connait très bien puisque l’historien juif du 1er siècle Flavius Josèphe en parle dans ses écrits.

Theudas et Judas sont des personnes qui sont apparues quelques années avant le ministère de Jésus, et il semble que pas mal de gens les aient pris pour le fameux Sauveur qui était promis. Des personnes les ont suivis, en tant que disciples, en pensant suivre le Sauveur qu’ils attendaient.

Mais ce n’était que du vent, et dans notre texte Gamaliel rappelle qu’il a suffi de frapper le berger pour que le troupeau s’éparpille.

Et c’est pas les seuls ! Le même historien juif Flavius Josèphe raconte également la vie d’autres pseudo-messies qui apparaissaient par-ci par-là à l’époque. Ils faisaient un peu parler d’eux, un certain nombre de personnes devenaient leurs disciples, mais il suffisait d’un peu d’opposition et pouf, y avait plus personne.

Ces 2 témoignages, dans la Bible et dans les écrits de Flavius Josèphe, nous montrent quand même une chose. C’est que même 700 ans après les prophéties d’Ésaïe, le peuple d’Israël attendait le Sauveur avec une telle impatience que régulièrement ils croyaient le trouver un peu partout. Il suffisait qu’un personnage assez mystérieux et charismatique apparaisse pour que de suite il y ait des 100ènes de personnes qui le prennent pour le Sauveur.

Ca peut nous faire sourire, mais ça nous montre bien que l’attente était toujours aussi intense et réelle même après des centaines d’années.

D’ailleurs, l’impatience des juifs dans leur attente était telle qu’ils voyaient des signes de la venue du messie même là où il n’y en avait pas. Malgré le temps, les juifs attendaient toujours d’une manière sincère, intense. Mais si cette attente est réellement sincère, elle ne me donne pas l’impression d’être paisible.

En lisant ces témoignages, ça me donne l’impression que ces personnes avaient peur. Peur de rater un signe. Peur de rater la venue. Peur de se tromper également.

Lorsque le Christ est venu, les choses n’ont pas été différentes. Ses disciples l’ont suivi sans hésiter parce qu’ils ont reconnu en lui celui qu’ils attendaient ! Celui que les promesses de Dieu annonçaient ! Et pourtant, de nombreux passages des Évangiles nus rapportent que les disciples de Jésus discutaient souvent à voix basse entre eux. Ils discutaient de ce que Jésus faisait et disait. Ils s’interrogeaient sur son identité. A tel point qu’un jour le Christ s’est tourné vers eux pour leur poser directement la question « qui dites-vous que je suis ».

Une attente, si elle est vécue comme ça, n’est pas une attente paisible. C’est une attente vécue dans la crainte, dans l’impatience, dans l’appréhension, dans le doute. Vivre une attente en regardant toujours par-dessus son épaule pour voir si on n’a pas raté un indice important, ou si on ne s’est pas trompé quelque part, ce n’est pas vivre paisiblement cette attente. C’est être anxieux, angoissé, ce n’est pas être en paix.

Aujourd’hui, nous nous souvenons de cette attente. Nous nous souvenons de la venue, de l’accomplissement. Mais nous attendons également toujours, non pas la venue, mais le retour du Christ tel que la Parole de Dieu nous le promet.

Et beaucoup de chrétiens vivent cette attente dans la crainte, dans l’angoisse, décortiquant l’actualité pour essayer de trouver des indices du retour du Christ. Tournant les prophéties bibliques dans tous les sens pour y chercher une indication quelconque.

Une attente qui ressemble bien peu à ce que le Christ nous dit peut de temps avant de quitter ses disciples en Jean chapitre 14 : « Je pars, mais je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. C’est pourquoi, ne soyez pas troublés et n’ayez aucune crainte en votre cœur. »

Notre vie chrétienne, même dans ses difficultés, ses moments d’attente ou de doute, Le Christ n’a pas voulu que nous les vivions dans l’angoisse. Mais en recherchant sa paix, la paix qui vient de Dieu.

C’est pour ça que le Christ n’a pas donné d’indices de son retour à ses disciples. Au contraire, il leur a dit en Luc 12 verset 40 « C’est à un moment que vous n’auriez pas imaginé que le Fils de l’homme reviendra ». Jésus nous l’affirme, nous ne pouvons pas deviner à l’avance le moment de son retour. Et c’est tant mieux. Parce que ça nous permet de vivre cette attente dans la paix.

S’il nous avait dit « attention, avant de revenir, je vous donnerai des signes, surtout ne les ratez pas ! Faites bien attention aux signes ». Nous serions en permanence à l’affut, dans l’angoisse de rater un signe ! On ne pourrait pas vivre notre attente paisiblement, on vivrait dans une crainte permanente.

Mais le Christ nous rassure en nous disant « Ne soyez pas troublés et n’ayez aucune crainte en votre cœur ». Je vais revenir ! Ne vous inquiétez pas de savoir quand. Mais dans votre attente, vivez, en recherchant ma paix.

En faisant ça, Jésus nous appelle à ne pas vivre dans l’angoisse de sa venue future, mais à vivre dans la paix de Dieu dans notre vie présente.

Nous pouvons vivre en paix avec Dieu, malgré les douleurs de ce monde. Même dans l’attente, l’incertitude ou le doute, nous pouvons être en paix ! Mais Jésus nous l’affirme, cette paix ne viendra pas du monde. Elle ne se cherche et se trouve qu’auprès de Dieu.

  • Un peuple qui doit être rassuré.

Les juifs attendaient ce Sauveur de manière intense. Mais cette attente s’est peu à peu transformée en angoisse. Ils ne faisaient pas qu’attendre le messie, ils le cherchaient ! Et ils avaient l’impression de le voir un peu partout. Ces fameux Theudas et Judas dont parle Gamaliel et Flavius Josèphe en sont des exemples.

Alors finalement, lorsque le Sauveur est effectivement venu, et bien il fallait pouvoir rassurer les gens, leur montrer que c’était bien lui dont parlait l’Ancien Testament. C’est bien lui que Dieu avait promis.

Et le début de l’Évangile de Matthieu ne fait pas que nous raconter l’histoire incroyable de la naissance du Christ. Il prend également le temps de nous rassurer. Il nous raconte la naissance de Jésus en nous montrant petit à petit que c’est bien l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament.

Lorsque Matthieu nous raconte qu’un ange vient voir Marie pour lui dire qu’elle sera enceinte et qu’elle donnera naissance au Sauveur, il montre que c’est l’accomplissement d’une prophétie en citant le prophète Ésaïe et en écrivant « 22Tout cela arriva pour que s’accomplisse cette parole du Seigneur transmise par le prophète : »23Voici, la jeune fille vierge sera enceinte. Et elle enfantera un fils que l’on appellera Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu est avec nous. » ».

Lorsque Matthieu raconte que des mages sont allés voir le roi Hérode pour savoir où le Sauveur doit naître, il cite cette fois le prophète Michée et en écrivant « car voici ce que le prophète a écrit : « 6Et toi, Bethléhem, village de Judée, tu n’es certes pas le plus insignifiant des chefs-lieux de Juda, car c’est de toi que sortira le chef qui, comme un berger, conduira Israël mon peuple. » ».

Lorsque Matthieu raconte que Marie et Joseph doivent fuir en Égypte parce que le roi Hérode veut se débarrasser de Jésus, il montre à nouveau que ça répond à une prophétie en citant le prophète Osée et en écrivant « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : J’ai appelé mon fils à sortir d’Égypte. ».

Lorsque Matthieu raconte que le roi Hérode, furieux, ordonne la mort de tous les enfants de moins de 2 ans à Bethléem, il montre encore que ça répond à une prophétie en citant le prophète Jérémie et en écrivant « 17Ainsi s’accomplit la parole transmise par Jérémie, le prophète : « 18On entend à Rama une voix qui gémit et d’abondants sanglots amers : Rachel pleure ses fils et elle ne veut pas se laisser consoler car ses fils ne sont plus. » ».

Le peuple d’Israël vivait dans l’angoisse de cette attente, l’attente de la venue du Sauveur. Alors l’Évangile de Matthieu veut rassurer. Il veut apaiser.

Peut-être votre vie est-elle également remplie d’attentes, de doutes, de choix incertains. Toutes ces milliers de questions et de décisions à prendre qui remplissent notre quotidien. Parfois, cela peut nous submerger, nous angoisser.

Et bien ce matin, recevez tout à nouveau c’est appel du Christ à vivre votre vie, vos attentes, vos difficultés et vos doutes en recherchant auprès de lui une paix qui dépasse celle que les sécurités illusoires de ce monde peuvent nous apporter. Car la paix de Dieu n’est pas une promesse au futur, c’est une promesse faite au présent. « Je pars, mais je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. C’est pourquoi, ne soyez pas troublés et n’ayez aucune crainte en votre cœur. »

Que cette paix puisse être votre dans tous les aspects de vos vies. Amen.