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Dire merci, pour quoi faire?

Vous l’avez compris le thème de ce matin, c’est la reconnaissance, le savoir dire merci. Alors c’est bien joli tout cela mais au fond de son cœur est-ce qu’on a vraiment envie de dire merci ? Vous vous souvenez quand vous étiez petits et que la boulangère vous donnait un bonbon, votre maman vous disait toujours « qu’est-ce qu’on dit ? » Vous cherchiez un peu mais comme vous étiez bien entrainé, vous répondiez assez vite : « Merci ». Mais votre maman reprenait la parole et vous demandait « merci qui ?» et parce vous redisiez « merci madame ». C’était presque un jeu mais quand même, pour dire merci, il fallait toujours que votre maman ou papa vous le rappelle. Parce que ça ne nous vient pas tout de suite à l’idée de dire merci. Et ça continue, maintenant vous êtes grand et vous êtes poli mais peut-être qu’au fond de votre cœur, vous vous demandez encore : « A quoi ça sert de dire merci ? » 

Vous connaissez Arnold Schwarzenegger, c’est lui qui jouait dans les premiers Terminator…C’est ce type hyper musclé que vous voyez sur l’image. Arnold raconte que lorsqu’il avait 15 ans et qu’il était un jeune body builder, il a reçu les conseils de son ami Helmut Knaur (qui a peut-être un rapport avec la soupe du même nom, celle qui fait grandir).  Cet ami lui a dit d’arrêter d’aller à l’Église et je cite Arnold : « Helmut insista sur le fait que si j’arrivais à quelque chose dans ma vie, je ne devrais pas remercier Dieu, je devrais me remercier moi-même. Il a dit que si je voulais un corps magnifique, je devais le construire. Personne d’autre ne pouvait le faire, Dieu encore moins. »

Et Arnold a suivi le conseil, il a annoncé à sa famille qu’il n’irait plus à l’Église et qu’il n’avait pas de temps à perdre, pas de temps à perdre à dire merci.

C’est le genre de conseil que l’on donne dans les salles de body building et peut-être dans d’autres salles de la vie :  il ne faut pas dire merci ! Il faut se faire soi-même, prendre ce qui t’ai dû. Même l’agriculteur endurci pourrait se dire qu’il est normal qu’il moissonne puisque c’est lui qui a semé. Le commercial peut aussi se dire que s’il a beaucoup d’argent, c’est parce qu’il a beaucoup travaillé. L’étudiant modèle peut aussi se dire que s’il a bien réussi ses études c’est parce qu’il a beaucoup révisé. Dans beaucoup de domaines, la seule personne à remercier serait soi-même !  Dire merci à d’autres personnes et en l’occurrence à Dieu ne serait somme toute pas très utile. Selon notre Terminator bien aimé, ce serait même mauvais pour réussir dans la vie…

Ça c’est la parole de Schwarzy avec ses biceps surdimensionnés. Elle vaut ce qu’elle vaut mais il y a une autre parole, celle de Jésus et qui est légèrement différente de ce qu’on entend dans les salles de body building.

Une parole qui vient dans une histoire que Jésus va vivre. Une histoire vécue par Jésus avec dix autres personnes. Et qui se trouve dans l’évangile de Luc au chapitre 17 les versets 11 à 19.

Il faut savoir qu’à l’époque, la vie d’un lépreux, est loin d’être un long fleuve tranquille. La lèpre c’est un peu le sida de l’époque, le malade porte de grandes taches blanches sur le corps, il ne sent pas le bout des doigts ou ses orteils alors les rats viennent lui manger les extrémités sans qu’il s’en aperçoive. Les lépreux sont souvent infirmes. La lèpre est une terrible maladie et en plus très contagieuse. C’est pourquoi, les lépreux vivaient à part, en communauté de lépreux. Une clochette pendue à leur cou avertissait de leur présence les bien portants pour qu’ils se tiennent à distance. Cette notion de distance est soulignée dans le récit. Lors du dialogue avec Jésus, les 10 lépreux se tiennent à distance (v.12). Ils restent loin, et de là, à distance respectueuse, ils interpellent Jésus : « Hé ! Jésus fait quelque chose pour nous ! » Ils ont dû entendre que Jésus faisait des trucs pas mal dans la vie alors ils tentent leur chance, on ne sait jamais que ça marche !

Mais Jésus va leur dire comme c’est souvent le cas, quelque chose d’assez étrange : « Allez voir les prêtres ! » On imagine que ce sont les spécialistes de la question, les gens qui sont compétents dans le domaine. Allez les voir, prenez la route !  Et encore plus étrange, les dix malades y vont ! Il n’y en a pas un pour questionner et dire : « Mais Jésus tu ne pourrais pas nous guérir directement ? en temps réel ? »  Non, ils y vont. Et, troisième élément étrange dans ce récit, ils sont guéris en chemin ! Ils ne sont même pas encore arrivés à destination qu’ils voient disparaître leurs taches blanches sur le corps. Ils ne sont plus infirmes, ils sont tous guéris. Ils laissent tomber leurs cannes, et se mettent à danser de joie, ils s’embrassent. C’est une nouvelle vie qui commence pour eux !

Mais c’est alors que vient la question du merci ! Combien pensez-vous qu’il y en ait eu pour revenir remercier Jésus ? Moi, j’aurais dit au moins la moitié. Mais non, pas la moitié, ni le tiers, ni le quart. 10% ! On ne gagne pas une élection avec ce genre de score ! Mais que s’est-il passé avec les 9 autres ? Toutes les hypothèses sont permises…

  • Peut-être que 2 ou 3 ont complètement zappé l’histoire et qu’ils ont même oublié la phrase de Jésus. Tout à la joie de la guérison, tout s’est effacé des tablettes.
  • Peut-être que les 2 ou 3 autres y ont pensé mais se sont dit que ce n’était pas utile de refaire tous ces kilomètres et qu’ils avaient autre chose à faire que de dire merci. Ils avaient une nouvelle vie à commencer !
  • Peut-être que les 2 ou 3 autres restants se sont dit que leur rétablissement relevait certainement d’un (heureux) concours de circonstances et que Jésus n’avait, en fait, rien avoir avec leur guérison.

On peut penser qu’il y avait un peu de ça dans leur tête mais peu importe, celui qui nous intéresse c’est celui qui revient et avec lui on va peut-être pouvoir répondre à la question « dire merci pour quoi faire ? »

Le récit raconte que notre ami tout au long du chemin de retour est en train de chanter et de louer Dieu. Je l’imagine en train de chanter : « Vous bondirez de joie, vous marcherez en paix, montagnes et colline éclatez de joie » Et puis quand il revoit Jésus il se met à genoux et le « remercie ». Ce lépreux guéri, samaritain de surcroît, est à fond dans la reconnaissance. Il loue Dieu et remercie Jésus.

Et Jésus va lui dire encore une fois quelque chose d’étrange : « Relève toi, et parce que tu as eu foi en moi, tu es sauvé. » 

Vous noterez qu’il n’est plus question de guérison mais de salut. Les deux choses sont différentes surtout dans la durée. Guéri, c’est pour un temps, mais sauvé c’est pour toujours. C’est important de le souligner de nos jours où l’on confond parfois les deux dans la présentation de l’Évangile.  Jésus lui-même les distingue. Mais une question se pose : Pourquoi lui et pas les autres ? Pourquoi lui est-il sauvé et les autres guéris seulement ?

Parce qu’en faisant demi-tour et en parcourant ces quelques kilomètres pour dire merci est entré dans une relation avec Jésus. Pour les 9 autres qui n’ont pas fait le chemin de la reconnaissance, Jésus reste un simple guérisseur, un souvenir lointain, quelqu’un que l’on a vu à distance respectueuse. Mais pour le 10ème homme, parce qu’il est revenu dire merci, Jésus devient quelqu’un de proche, il y a eu contact, il y a eu une véritablement relation. Et cette relation change tout, c’est une relation qui sauve. Dire merci nous fait entrer dans cette relation qui sauve. Avec ce dixième lépreux qui revient dire merci, on peut donc répondre à la question : dire merci pourquoi faire ? Dire merci nous rapproche de l’autre !

De Dieu

Il paraît évident que si l’on reste dans l’attitude de Schwarzy à savoir qu’on ne doit rien à personne parce qu’on s’est fait tout seul, on ne va pas se rapprocher de Dieu. Non pas parce que Dieu serait un être irascible et susceptible qui voudrait qu’on lui dise merci pour tout et n’importe quoi mais parce que Dieu est le Dieu de la grâce c’est à dire d’un amour sans mérites, un amour sans prétentions.  Cette grâce ne peut pas s’exprimer quand on est coincé dans le mérite comme Arnold. Quand on reste drapé dans ses prétentions et obnubilé dans cette vision du monde basée sur le mérite, alors oui, on reste loin de Dieu.

Mais si on se met dans cet esprit de reconnaissance devant Dieu, alors on s’approche de lui à grand pas. Par conséquent, entrer dans cet esprit de reconnaissance implique d’abandonner la course aux mérites et ses prétentions de « self made man » à la Schwarzenegger. Cela ne veut pas dire qu’il faut se dénigrer continuellement mais ce récit de la Bible nous invite à changer de paradigme et reconnaître (connaitre à nouveau) la présence de Dieu dans sa vie et sa bonté. Entrer dans un esprit de reconnaissance c’est reconnaître tout ce que l’on doit à Dieu, lui dire merci pour son amour immérité et sa grâce. Alors oui, on s’approche de lui, avec des bottes de 7 lieues. On entre dans l’intimité du Dieu de la grâce.

Mais dire merci nous rapproche aussi les uns des autres.

Dans la famille

Quand les enfants se mettent à dire merci aux parents mêmes si les parents leur paraissent dépassés, ringards pour ne pas dire plus, et leur paraissent très loin de leurs préoccupations. Quand les enfants (devenus grands) qui ont fait comme le fils prodigue qui a pris son héritage (financier, culturel, éducationnel, spirituel) et s’en est allé de la maison pour mettre de la distance. Quand ces enfants reviennent sur leurs pas et disent merci aux parent, les choses se mettent à changer…

Et vous parents n’irritez pas vos enfants en exigeant d’eux des choses trop difficiles et surtout des choses que vous n’avez jamais pu faire vous-mêmes mais rentrez aussi dans cet esprit de reconnaissance : Merci Seigneur pour cet enfant unique dans son genre ! Là aussi la relation change, on se rapproche les uns des autres.

Dans le couple

On sait déjà qu’à la longue il y a des mots que l’on oublie de dire, on se dit que c’est sous-entendu. Les mots comme « je t’aime » ou « pardon » mais il y a aussi ce « merci ». Si vous vous plaignez sans cesse de l’autre, de sa cuisine, de son caractère, de la manière qu’elle ou il a de gérer son emploi du temps ou le budget familial, la distance va immanquablement s’installer.  Pour ne pas que cette distance devienne un gouffre il faut faire marche arrière et entrer aussi dans la reconnaissance pour son conjoint. Pas seulement pour ce qu’il ou elle fait, mais pour ce qu’il (ou elle) est, à savoir la personne que vous avez choisie pour faire votre vie !

Dans toutes les relations humaines

Et puis dans toutes les relations, avec les amis, au travail, dans l’Église, dire « merci » peut transformer l’ambiance et nous rapprocher les uns des autres.

Mais il ne s’agit pas de tomber non plus dans un mécanisme du remerciement et dire merci à toutes occasions pour que tout le monde vous trouve très sympa. Non il ne s’agit pas de dire merci mécaniquement et surtout sans le penser vraiment. Il s’agit de rentrer dans cet esprit de reconnaissance et de le faire avant tout devant Dieu. Reconnaitre Dieu. Dire sa reconnaissance à Dieu.

Parce qu’on peut oublier ce qu’il a fait pour nous. La Sainte Cène est là pour régulièrement nous le rappeler. Parce que nous sommes vite dans l’oubli de ce que Dieu fait pour nous. On peut même l’oublier presque volontairement. Ne pas vouloir voir son action dans ma vie, relativiser ses bénédictions pour ne voir que les problèmes. On peut même aller plus loin et rentrer dans une ambiance de plainte perpétuelle à son égard, lui en vouloir de ne pas nous donner plus et tout de suite.  On peut aussi rester dans une ambiance de comparaison/compétition avec les autres où l’on tient une sorte de comptabilité de ce que l’on n’a pas et que les autres ont. Ce genre de comptabilité nous enferme dans une jalousie qui nous isole les uns des autres.

Alors oui, on peut effectivement se tenir loin de cet esprit de reconnaissance mais on doit aussi s’interroger sur le prix à payer dans ce genre d’attitude. Le prix à payer c’est celui de la proximité de Dieu, du Dieu de la grâce, le prix à payer si on ne veut pas entrer dans cet esprit, c’est celui de la communion avec les autres et c’est aussi celui de la vie toute simple, cette vie sous la grâce dans la liberté d’être ce que je suis devant Dieu, ni plus ni moins.

La Bible nous invite à faire là aussi les quelques kilomètres qui nous séparent de la louange et de la reconnaissance pour retrouver une véritable relation à Dieu. La parole de Dieu nous dit en I Thess 5 :18 « Soyez dans la joie, priez et remerciez Dieu en toutes circonstances, car telle est la volonté de Dieu. » Et la volonté de Dieu pour nous est d’être en relation avec lui pour toujours, ce qui s’appelle la vie éternelle.

En toute circonstances, que l’on soit grand ou petit, riche ou pauvre, jeune ou vieux, stressé ou calme, sportif ou plutôt branché jeu vidéo, mer ou montagne, remerciez Dieu… Parce que dire merci transforme la vie, nous rapproche les uns des autres et surtout de Dieu.

Amen