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Inquiet, moi ? Jamais !

Vous avez remarqué que Jésus dans cet extrait du sermon sur la montagne, le meilleur sermon qu’on ait jamais fait, prononce quatre fois une phrase de quatre mots qui font de l’effet sur n’importe quel être humain : « Ne vous inquiétez pas »… Et ces quelques mots vont susciter des réactions. Reconnaissez -vous la vôtre ?

  • C’est vite dit !
  • Si tu connaissais ma situation !
  • Il faut bien que quelqu’un s’inquiète dans cette maison !!
  • Cela me fait du bien d’entendre cela, j’en ai besoin, mais est-ce que cela va m’aider demain matin ?

Des réactions différentes selon que l’on soit un inquiet ou non…

Il parait que l’inquiétude sévit beaucoup dans nos contrées. Selon une étude présentée en octobre 2007 par le « centre d’analyse stratégique » dans une enquête intitulée « Les réalités sociales françaises par rapport à nos voisins européens », il paraîtrait que les français seraient inquiets, et cela plus que leurs voisins européens.

  • 76% des français pensent que la vie de leurs enfants sera plus difficile que la leur (contre 64% européens)
  • 86% pensent qu’il peut arriver à n’importe qui de tomber dans la pauvreté au cours de sa vie (contre 62% européens).

Même si la vérité sur nous mêmes ne se trouve pas dans les sondages, l’inquiétude nous concerne n’est ce pas ?

Et Jésus nous en parle ! Il en parle dans son sermon sur la montagne que l’on pourrait appeler un séminaire sur la colline… Il aurait pu parler d’un tas d’autres choses, mais il va parler de l’inquiétude. On aurait pu croire qu’à l’époque les gens n’étaient pas inquiets, il n’y a fait pas de téléphone portable, de contrôle de l’URSAAF, d’impôts prélevés à la source, pas de perte de pouvoir d’achat, pas de plastique dans la mer… Ils n’ont aucune raison de s’inquiéter ! Et pourtant ils s’inquiètent et Jésus va les rejoindre dans leur quotidien. L’inquiétude est un problème humain et Jésus nous parle là où nous sommes parce que là où nous sommes, il y est aussi !

Venez tels que vous êtes, dit une pub pour un vendeur de sandwich… Jésus nous dit venez tels que vous êtes avec votre inquiétude et on va en parler de cette inquiétude.

Jésus nous en parle parce qu’il sait que l’inquiétude est très gourmande en termes d’occupation de terrain. Dans le Nouveau Testament, le verbe grec pour s’inquiéter (merimnaô) donne l’idée d’un homme qui aurait l’esprit complètement accaparé par quelque chose, dont toute l’attention serait prise, une sorte de prise de tête ! Et quand la tête est prise, elle est bien prise et la personne qui a la tête prise par l’inquiétude passe peut être à côté de quelque chose d’autre qui pourrait être meilleur.

L’inquiétude dont parle Jésus c’est l’inquiétude qui étouffe comme des épines peuvent étouffer une belle petite plante qui ne demandait qu’à s’épanouir. Le même verbe encore utilisé par Jésus dans une parabole. Matthieu 13 :22.

L’inquiétude qui étouffe, qui accable, qui empêche la croissance ou même la vie, qui prend la tête et le cœur, qui accapare, voilà l’inquiétude dont Jésus parle.

Est-ce que cela représente quelque chose pour nous ? Y-a-t-il un inquiet dans la salle ? Quelqu’un qui se sent passer à côté de quelque chose de meilleur ?

Jésus va nous en parler de manière très simple. Il va avancer deux arguments pour nous prouver qu’on en a pas besoin dans notre vie.

D’abord Jésus va nous dire que s’inquiéter, c’est manquer de bon sens.

Manque de bon sens

« Qui de vous par ses inquiétudes peut ajouter 50 cm à la durée de sa vie »

Question rhétorique et la réponse est « personne ». Personne ne rallonge sa vie en s’inquiétant, au contraire même, on aurait tendance à la raccourcir. Cela tombe sous le sens, l’inquiétude ne fait pas avancer les choses.

Illustration : Un groupe de recherche s’est amusé à étudier les soucis d’un homme d’affaire.

On s’est aperçu que :

  • 40% de ses soucis concernaient des choses que ne se réaliseront jamais,
  • 30% concernaient des décisions qu’il ne pouvait de toute façon pas prendre maintenant.
  • 12 % étaient dues à des critiques émanant d’autres personnes
  • 10 % étaient en rapport avec la santé pour lesquels il ne pouvait rien faire.

Il ne restait en fait que 8 % de soucis légitimes, c’est-à-dire pour lesquels il pouvait vraiment faire quelque chose, contre 92% de soucis inutiles.

Ce rapport est éloquent. Il tombe sous le sens que la plupart de nos soucis sont complètement inutiles voire même dangereux. Quelqu’un disait : «  Le souci c’est l’intérêt payé en avance pour des problèmes qui viennent rarement. » Le bon sens veut qu’on ne verse pas un acompte pour des produits qui ne seront jamais livrés.

Albert Einstein disait : « Je ne pense jamais au futur, il viendra bien assez tôt. »  Cela ressemble à cette parole de Jésus : « Ne vous inquiétez pas du lendemain, le lendemain s’inquiétera de lui-même. » J’imagine que c’est Einstein qui s’est inspiré de Jésus et non le contraire.

L’inquiétude est une insulte au bon sens. Et Jésus le souligne avec toutes ces métaphores magnifiques. Lys des champs, oiseaux du ciel…, on pourrait ajouter les chiens.

Illustration : Une institution à Chicago a fait de la recherche médicale sur l’ulcère à l’estomac et pour l’étude, a pris des chiens comme cobayes, mais ce fut un échec total puisque les chiens refusaient de s’inquiéter et donc de développer un ulcère à l’estomac. On avait beau leur dire qu’ils n’auraient pas de canigou demain et qu’ils vivaient une vie de chien, rien à faire, pas d’ulcère.

Même quand on a voulu leur inoculer artificiellement un ulcère, les chiens sont allés s’asseoir placidement pour attendre que cela passe et refusaient d’’être dérangés par quoi que ce soit.

Nous ne sommes pas des chiens, mais on pourrait s’inspirer du bon sens de ces cabots.

Manque de foi

Jésus signale un autre problème que pose l’inquiétude, un problème lié à la foi ou à la confiance, ou à l’absence de foi. « Ces choses-là (les soucis de la vie) ce sont les gens qui ne connaissent pas Dieu, qui les recherchent et qui s’en inquiètent mais vous, vous avez un père qui est aux cieux et qui sait que vous en avez besoin » (6 :32). Vous avez un père qui sait mais beaucoup ne savent pas qu’il sait ! Et ne lui font pas confiance pour l’avenir. C’est ce que Jésus dit a propose des Lys des champs : « Dieu ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? » L’inquiétude pose la question de la foi ou de la relation avec Dieu ou autrement dit de mon projet de vie.

Quel est mon projet de vie ? Mon projet de vie est-il d’avoir tout ce que j’estime avoir mérité et à me débrouiller pour l’obtenir ou est-il de regarder un peu plus loin, de regarder à Dieu qui est notre Père et qui sait que nous en avons besoin et ce dont nous avons besoin. L’inquiétude nous pose la question de ce projet de vie et c’est peut-être pour cela que Jésus nous en parle dans son séminaire parce que l’inquiétude dépasse le simple domaine de la santé publique, du grand problème de l’ulcère de l’estomac provoqué par l’inquiétude. L’inquiétude pose la question de la foi, du projet de vie et nous place sur le domaine spirituel.

Jésus nous dit que si notre projet de vie est d’atteindre la reconnaissance sociale, la notoriété, l’exaltation du corps, la santé jusqu’à 100 ans, la retraite sous les cocotiers, alors oui, on peut s’inquiéter, on doit même s’inquiéter. Il y a plein de choses qui peuvent arriver et nous empêcher d’atteindre ce nirvana publicitaire.

Mais si par contre je choisis de « chercher premièrement le royaume de Dieu » (v. 33), c’est-à-dire de regarder à Dieu, de lui faire confiance pour les petites comme pour les grandes choses, de rechercher les valeurs du royaume dont Jésus parle dans le sermon sur la montagne, d’être un artisan de paix, de manifester de la bonté, de recherche la justice, d’être du sel qui donne un peu de saveur dans ce monde qui en manque, d’être une lumière dans ce monde bien sombre, alors on n’aura plus de raisons de s’inquiéter pour le reste, parce que ces choses auront perdu de leur capacités anxiogène, parce que préoccupés par le royaume, nous ne serons pas préoccupés par tout le reste, et tout le reste d’ailleurs si on continue le verset « nous sera donné par-dessus ! » Quand on est dans le projet de vie de Dieu, l’inquiétude n’est pas à l’ordre du jour !

Illustration : Cela me fait penser à ces enfants qui ont trouvé la bonne parade pour ne pas prêter leur jouet à un autre enfant qui le leur demande. Ils disent : « Je ne peux pas de mon papa. » C’est une parade qui fonctionne à merveille, les autres n’ont rien à redire.

Quand l’inquiétude nous invite à jouer avec elle, on pourrait dire : « Je ne peux pas de mon père. » Mon père qui est dans les cieux ne veut pas que ma vie soit rongée par l’inquiétude. Il ne veut pas que je passe à côté de la vie qu’il veut me donner !

Alors à ce moment- là du séminaire, j’imagine bien un doigt ou plusieurs qui se lèvent dans la salle. Est-ce que je peux considérer vos paroles monsieur Jésus comme une garantie que rien ne va m’arriver si je fais confiance… ? Toutes ces choses ça veut bien dire tout donc tout… tout ce dont je vais avoir besoin ? » Je ne vais pas répondre à la place de Jésus, mais continuer à le citer lorsqu’au verset 34 il parle de peine : « A chaque jour suffit sa peine. »

Il y a dans la vie de celui qui fait confiance en Dieu de la peine, de la douleur, du manque. Il n’est pas question dans la lutte contre l’inquiétude de nier tout cela. Jésus parle de peine parce qu’il va y avoir de la peine et des souffrances et des maladies incurables et des déceptions et des disparitions et des persécutions et des pleurs. Il le dit, il y a de la peine, mais elle doit être vécue dans le présent « à chaque jour ça suffit ». Et Dieu donnera aujourd’hui la force dont j’ai besoin pour vivre cette journée avec lui, en regardant à lui et en vivant résolument les valeurs du royaume. Plus qu’une formule magique, il s’agit d’une promesse comme dans Esaie 41:13 « Sois sans crainte car je suis avec toi; n’ouvre pas des yeux inquiets car je suis ton Dieu. je te fortifie, je viens à ton secours, je suis l’Eternel ton Dieu qui saisit ta main. »

Alors cela parait simple, mais ça reste un défi. Car chassez le naturel et il revient au galop et je sais de quoi je parle en matière d’inquiétude, je suis un inquiet, ma mère l’était, ma grand-mère l’était. C’est de famille, mais on progresse malgré tout pour déposer cette inquiétude devant Dieu et quelques pensées m’on aider dans la lutte contre l’inquiétude. Prenez-les comme des suggestions et non comme une recette infaillible.

Redire son projet de vie

Pourquoi est-ce que je me bats dans cette vie ? Quel est le moteur de ma vie ? Qu’est ce qui me motive ? Et si ce projet, c’est le royaume de Dieu premièrement, alors il faut le redire encore une fois parce que jour après jour, on perd le fil de son projet de vie. Quand l’inquiétude me gagne je vais redire, me redire, dire à Dieu que je suis avec lui dans son Royaume et pour ce royaume. Redites-le quand vous êtes sur votre vélo d’intérieur, quand vous vous brossez les dents, quand vous faites vos courses, quand vous êtes à la réunion parents professeur au collège, quand vous ouvrez votre avis d’imposition.

Redire son projet de vie pour effectuer un décentrage par rapport à soi-même et à cette inquiétude qui nous accable, pour remettre les priorités en place. Le terme premièrement est essentiel dans le texte. Cherchez premièrement le royaume de Dieu, en priorité, faites-en un projet de vie et non un à-côté religieux sympathique. On est dans le réajustement des priorités. Redire son projet de vie prioritaire.

Fréquenter des endroits paisibles

Pour éviter la pression de l’argent, du commerce, de la performance, retrouver des endroits où la gratuité est évidente, où la paix est palpable. Dans la nature certainement, les amis peut-être aussi, ainsi que d’autres endroits moins habituels, comme la parole de Dieu, la Bible qui nous parle de grâce, c’est-à-dire de son amour inconditionnel, de cet amour infini de Dieu qu’il a manifesté en Jésus-Christ, un amour qui nous accueille tels que nous sommes. Fréquenter les lieux de grâce, il n’y a rien de tel pour lutter contre l’inquiétude, rien de tel que la grâce de Dieu ! Parce que là où la grâce passe, l’inquiétude trépasse. Mais parfois il faut parfois passer plusieurs fois et la grâce doit être fréquentée sans modération, par la lecture de la Bible, le parcours Alpha, la louange, l’Eglise qui malgré ses imperfections est un lieu de grâce.

Illustration  : il y a quelques années, j’avais apporté une prédication sur le sermon sur la montagne et sur l’inquiétude en particulier. Et comme moyen de lutte, j’avais proposé de fréquenter des endroits gratuits. Pour lutter contre l’inquiétude, j’avais proposé d’aller se promener en forêt ou dans la campagne ou en montagne. Une dame inquiète m’avait suivi au mot et elle était allée l’après-midi même se promener en forêt. La promenade fut agréable mais quand elle est revenue à sa voiture, elle s’est aperçu qu’on lui avait volé son sac à main et un peu plus tard un peu énervée par ce vol, elle a fait un accident. Evidemment cette femme est venue me voir pour se répandre en remerciements et m’a dit : « Eric, merci pour tes conseils, depuis que je suis allée me promener en forêt, mon inquiétude s’est envolée! » Malgré cela je maintiens cette idée de sortie dans des endroits paisibles et plein de grâce.

Savoir lâcher prise

On est parfois un peu dépendant de l’inquiétude. Elle agit parfois comme une drogue légale qui nous fait du bien. Parce que sans inquiétude, on a l’impression de ne rien faire, de n’être pas vraiment responsable. On connait tous cette phrase : « Il faut bien que quelqu’un s’inquiète ici, sinon on il n’y a rien qui bouge ! » Une sorte de justification de son inquiétude, mais qui relève quelque part de notre volonté à contrôler les choses. Par l’inquiétude, on a l’impression de contrôler. On se sent rassuré par notre inquiétude qui nous donne l’impression de faire quelque chose et de contrôler un tout petit peu la situation. Mais d’un autre côté, on se sent et on se sait détruit par elle en même temps.

Il nous faut savoir lâcher prise. Accepter que tout ne peut pas être prévu et même que tout ne doit pas être prévu. Nous ne contrôlons rien dans ce monde, seulement peut-être le bien que nous pouvons faire.

Lâcher prise, se décharger, laisser Dieu agir selon sa volonté qui est bonne, agréable et parfaite. Le faire dans la prière à la suite de Jésus et d’autres auteurs du Nouveau Testament qui ont parlé de l’inquiétude, comme Pierre qui utilise un verbe fort : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis. » Lâchez prise, laissez aller, ne vous cramponnez pas à votre inquiétude.

Paul nous parle du lieux où ce lâcher-prise peut s’opérer, c’est-à-dire la prière : «Ne vous inquiétez de rien  mais en toutes choses, exposez à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir gardera vos coeurs et vos pensées sous la protection de Jésus Christ » (Philippiens : 4:6).

On voit le même appel à ne pas s’inquiéter et le même appel à faire confiance en Dieu et à l’exprimer par la prière où on lâche prise par rapport à son inquiétude.

Je vous propose un temps de silence, où vous vous posez cette question : quelle est mon inquiétude ce matin ? Je vous invite à la cerner et à la dire, la verbaliser et la mettre devant Dieu pour vous en dégager. Dans un acte de confiance et de foi, un lâcher-prise salutaire.

Chants:

Je laisse à tes pieds mes fardeaux

Je me confie en toi