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Comment faire un cadeau parfait

J’ai reçu un texto d’un magasin en ville qui m’informait que c’était le dernier week-end pour leur rendre visite et acheter les cadeaux de Noël… Je me suis dit : « Mais bien sûr à Noël on offre des cadeaux. » J’avais failli oublier ! Mais non je n’avais pas oublié ! Comment oublier quand tout est là pour nous rappeler qu’à Noël on offre des cadeaux ! Dans la mémoire collective, l’idée de cadeau est liée à cette période de Noël..

J’ai lu dans la presse qu’on assistait depuis quelques années à un phénomène étrange. La revente des cadeaux de Noël sur internet et cela dès janvier. Les cadeaux qui ne plaisent pas, qui encombrent l’appartement, qui viennent de personnes que l’on n’aime pas, on les met en vente et avec l’argent récolté on s’achète des cadeaux qui plaisent. Phénomène qui prend de l’ampleur aujourd’hui et que je trouve étonnant, et même un peu décevant. C’est assez pratique mais est-ce qu’on est vraiment dans l’esprit du cadeau et osons le dire dans l’esprit de Noël ?

Et c’est peut-être pour éviter la revente de son cadeau que depuis quelques années maintenant on assiste à un autre phénomène « le chèque cadeau » comme cadeau de Noël. C’est extrêmement pratique : on achète un chèque qui sera accompagné d’une petite carte dans un magasin, et on l’offre à la personne aimée qui ira elle-même choisir son cadeau.

Pour celui qui offre c’est très facile, on gagne un temps précieux, et puis surtout on laisse le choix et l’embarras à l’autre. C’est plus facile, mais est-ce vraiment mieux ? Est-ce qu’on est vraiment dans l’esprit du cadeau ou osons le dire dans l’esprit de Noël ?

Mais en fait, posons-nous la question : qu’est-ce qu’un bon cadeau ? un cadeau qui serait tout à fait dans l’esprit du cadeau. Un cadeau parfait ? Et si j’utilise cette expression c’est parce que la Bible nous donne cet adjectif en parlant du premier cadeau de Noël celui qui vient d’en haut qui nous vient de Dieu. « Tout don parfait vient d’en haut » Il y aurait un cadeau parfait qui nous viendrait de Dieu et qui pourrait servir de norme à tous nos cadeaux. Et la première caractéristique du cadeau parfait, c’est qu’il engage la personne qui le fait.

Donner c’est se donner

Quand on offre un cadeau, on s’engage

Et c’est ce qui manque dans le chèque cadeau ! Il y aurait comme un manque d’engagement de la part de celui qui fait le cadeau. Il fait un cadeau mais il se dégage de toute responsabilité, il évite de faire un choix et de prendre le risque de ce choix. Il y aurait comme une mise à distance : « Voilà ton chèque cadeau, débrouille toi ! » Le chèque cadeau n’engage pas vraiment la personne.

Mais le cadeau parfait que Dieu nous fait à Noël, ce cadeau de Dieu en ce petit enfant qui nait dans une étable, ce cadeau en chair et en os, est un cadeau qui engage ! Un cadeau d’ailleurs qui est mûrement réfléchi, pensé : le prophète Esaïe en parlait déjà 700 ans avant l’arrivée du petit enfant : « Un enfant vous est né, un fils vous est donné » (9 :5). Avec ce verbe en hébreu « Nathan » qui signifie donner. Ce que le prophète attend, c’est un don de Dieu, extraordinaire. Préparé de longue date et qui va arriver vers l’an zèro de notre ère.

L’ange dit aux bergers de Béthléem : « Il vous est né un sauveur » (Luc 2 :11).

L’insistance est sur le « vous ». Ce cadeau de Dieu est pour vous, ce n’est pas pour Marie et Joseph, c’est pour vous qu’il est donné, c’est à l’humanité toute entière qu’il est donné. Noël c’est véritablement la célébration du cadeau parfait de Dieu.

Le cadeau de Dieu est parfait parce qu’en donnant, Dieu engage toute sa personne. Il ne reste pas à distance respectable de son cadeau et de la personne à qui il donne, non il s’investit lui-même. Dieu ne donne pas simplement à Noël, il se donne lui-même en Jésus Christ… Ce petit bébé dans la mangeoire c’est Dieu qui se donne. Et c’est ce qui rend ce cadeau parfait. Il est lui-même le cadeau… Dieu s’incarne dans son cadeau.

Pour bien comprendre l’incarnation, j’aimerais reprendre une analogie faite par le grand théologien anglais, John Stott, qui va comparer deux missions : celle d’Appolo sur la lune et celle de Jésus sur la terre. Comparaison intéressante parce qu’il y a des ressemblances dans le sens où les deux missions font intervenir un voyage sensationnel et transculturel : du ciel vers la terre dans le cas du Christ, de la terre à la lune dans celui des astronautes.

Mais là où elles ne se ressemblent pas, c’est au niveau de l’engagement ou de leur degré d’identification.

Les Astronautes d’Appolo ne se sont jamais identifié aux conditions de vie sur la lune : s’ils avaient essayé ils seraient morts instantanément. Au contraire ils sont allés sur la lune avec un équipement complet fabriqué sur la terre : l’oxygène, le matériel, les vêtements, le scaphandre, tout ce qu’il fallait pour survivre sur la lune. Ils ont également pris la nourriture de la terre pour manger sur la lune.

Quand Jésus est venu du ciel sur la terre, il a laissé derrière lui tout ce qu’il possédait au ciel et n’a amené sur terre que sa personne. Il n’a pas « atterri » sur terre superficiellement : il s’est rendu semblable à nous et s’est ainsi rendu vulnérable comme nous.

Semblable à nous, pour vivre comme nous et pour mourir comme nous et non seulement comme nous, mais pour nous. Sa mort sur la croix, c’est le cadeau de Dieu pour nous, son pardon offert pour toutes nos erreurs de navigation, nos égoïsmes, pour notre folie de vouloir vivre notre vie que pour nous-mêmes et surtout sans Dieu. Dieu nous fait le cadeau énorme de la réconciliation avec Dieu, mais aussi avec les autres et pour finir avec nous-mêmes.

Je trouve que ce besoin de réconciliation est tellement d’actualité. J’ai l’impression que de plus en plus nous vivons dans un monde en colère. Nous vivons dans un monde où tout le monde est en colère, contre tout le monde et contre le monde entier… Et peut-être qu’on l’est un peu ce matin, en colère… pour des raisons peut-être légitimes, mais cette colère nous ronge… Dieu nous offre en Jésus-Christ la réconciliation. Le cadeau de Dieu nous permet d’entrer dans un changement dans notre façon de voir les autres, de retrouver une attitude non pas défaitiste, ni attentiste, mais apaisée, réconciliée avec le monde. Tout cela parce que le cadeau de Dieu donne du sens tout simplement… Nous ne sommes pas seuls sur terre, quelqu’un a marché avec nous et s’est donné pour nous. Ça c’est un cadeau parfait, un cadeau où Dieu s’est engagé totalement, pour toi et moi.

Alors la question se pose : Que va-t-on en faire en ce Noël 2018?

Déballer le cadeau

Allons-nous faire comme les enfants qui déballent leur cadeau très rapidement, trop rapidement parfois et cela nous énerve. Mais au moins, ils le déballent, ils ne font pas la fine bouche ! Peut-être devrions-nous déballer de nouveau le cadeau de Dieu en Jésus-Christ, son pardon, sa grâce, et recevoir tout à nouveau ce cadeau personnel que Dieu nous fait en la personne de son Fils. Ce cadeau qui a peut-être été étouffé sous une montagne de préoccupations, de soucis ou de déceptions… Le recevoir tout à nouveau ou pour la première fois, enlever l’emballage religieux et désuet, qui ne dit rien sur le contenu, à savoir l’Evangile : la présence de Jésus dans ma vie, la victoire de Jésus sur les ténèbres. Le recevoir et en vivre chaque jour que Dieu fait, vivre de cette espérance, vivre de cette assurance qu’il est là présent à nos côtés dans la vie quotidienne comme dans la vie éternelle. Le recevoir, en vivre et le célébrer, célébrer Jésus pour sa venue parmi nous, pour son incarnation, avec tout ce que cela signifie de mystérieux, mais de tellement puissant, tellement différent, tellement exaltant. Vivre toute une vie avec ce Dieu fait homme qui nous dit : voici je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. Ce n’est pas juste une affirmation théologique, c’est un appel à vivre avec ce cadeau.

S’en inspirer

Alors que nos cadeaux sont prêts sous le sapin, pensons à ce don parfait de Dieu en Jésus. Bien sûr on a mis beaucoup de notre amour, de notre sensibilité dans ces cadeaux. Je suis sûr qu’il n’y a aucun chèque-cadeau sous le sapin et que vous n’allez pas revendre en janvier les cadeaux reçus. Non, vous savez faire et recevoir des cadeaux, mais il ne faudrait pas que cet échange de bons procédés nous fasse oublier ou pire qu’il nous aide à oublier que le véritable don est celui de soi-même. Il faudrait pouvoir se mettre dans ses cadeaux, cela ferait de gros paquets et les enfants seraient un peu déçus de voir leur papa sortir de leur cadeau de Noël : « mon cadeau c’est moi »… Ils ne comprendraient pas. Continuons à faire des cadeaux, mais gardons l’image de la personne dans le cadeau. Continuons à faire des cadeaux (j’accepte même les chèques cadeaux), mais qu’ils soient comme des avants-goûts, des apéritifs, des amuses gueules par rapport au don de moi-même pour nos enfants, nos conjoints, notre famille, notre prochain ici et ailleurs.

Il nous faut toujours garder à l’esprit qu’il n’y a pas de meilleur cadeau que celui qui est fait en nature, ma nature. Il n’y a pas de meilleurs cadeaux que les cadeaux incarnés, qui nous engagent en tant que personne.

Je termine par un deuxième point au sujet du don. Si Donner c’est se donner… Donner c’est aussi s’appauvrir.

Donner c’est s’appauvrir (se rendre vulnérable)

Cela parait être une belle lapalissade. Il est évident que lorsqu’on donne on se départit de quelque chose. On a en moins ce que l’on a donné. Il a une certaine perte ou au moins un appauvrissement.

Pour l’incarnation du Christ c’est le texte de Philippiens 2 qui en parle le mieux en particulier le verset 7 : « Il s’est dépouillé lui-même » Phil 2 :7

Le Christ s’est dépouillé pour prendre la condition de serviteur, en devenant semblable aux hommes. Il ne s’est pas dépouillé de sa divinité mais bien de la gloire qu’il avait au ciel. Je ne sais pas comment il était au ciel, mais certainement glorieux et surtout dans une communion tellement étroite avec le père et il se dépouille de cela pour devenir un homme vulnérable.

Stott a utilisé ce mot vulnérable dans sa comparaison des deux missions. Alors que les hommes du programme Appollo débarquaient sur la lune avec tout le matériel construit sur terre avec le scaphandre, les bonbonnes, la combinaison… tout ce qu’il fallait pour survivre et se protéger, Jésus lui n’amène que sa personne sur la terre, sans protection. Il devient vulnérable. Vulnérable aux souffrances, vulnérable aux critique, vulnérable au rejet, vulnérable aux faiblesses, à la tentation, aux détresses, aux déceptions…

Un homme sans protection un homme vulnérable, un Dieu vulnérable.

Qu’est ce que la vulnérabilité ? Je vous donne ma définition personnelle et discutable, mais il me semble que c’est la possibilité d’être atteint par quelque chose. Et ce quelque chose pourrait être remplacé par quelqu’un : être vulnérable c’est s’ouvrir à la possibilité d’être touché par quelqu’un. Alors cela peut être négatif, ce quelqu’un pourrait profiter de votre vulnérabilité pour faire mal là où justement vous êtes vulnérable. Mais cela peut être positif dans le sens où dans cette vulnérabilité peut s’installer une proximité. Quelqu’un qui m’atteint, quelqu’un qui me touche, c’est quelqu’un qui se rapproche… Il y a une proximité nouvelle dans la vulnérabilité. Et c’est ce qui se passe dans l’incarnation, en Jésus vulnérable, Dieu devient proche, très proche. Je crois vraiment que c’est dans cette vulnérabilité que ce situe véritablement l’appauvrissement de l’incarnation. Jésus s’appauvrit et devient vulnérable.

Quelle est l’application pour nous ? On comprend que tout vrai cadeau demande un certain appauvrissement mais qu’en est-il de notre vulnérabilité ?

Peut-être devrions-nous nous aussi apprendre à devenir plus vulnérables ?

Sortir de nos scaphandres de cosmonaute ou de nos forteresses où l’on s’est réfugié par sécurité, de nos maisons protégées avec de grands murs que l’on a construit au fil des années, où l’on vit à l’abri, mais où l’on vit séparé des autres, de l’Autre, et finalement de nous-mêmes. Dieu nous appelle à en sortir pour redevenir vulnérables, sortir sans protection, marcher à visage découvert…

Tout cela peut faire peur mais en devenant vulnérable, nous allons devenir proche, nous allons donner la possibilité aux autres et à l’Autre de nous toucher, de nous atteindre, et de s’approcher… Quand les systèmes de protection s’éteignent, nous perdons un peu de sécurité, mais nous ne sommes plus hors d’atteinte, hors de portée, ni des autres ni de Dieu et de sa richesse. Il y a un transfert de richesses qui va se faire dans la vulnérabilité. C’est une promesse de Dieu à se saisir par la foi.

Conclusion

J’ai conscience d’avoir été un peu idéaliste se matin, d’avoir présenté le don parfait et le donateur parfait, qui se donne. C’est magnifique… Tout cela en oubliant que nous sommes en France en 2018, que la conjoncture est mauvaise et que l’homme reste un loup pour l’homme…

C’est oublier qu’aujourd’hui nous sommes devenus paraît-il très pragmatiques (ce qui marche est bon) ou très réalistes (limitons-nous aux choses possibles). Dans ce contexte, il paraît difficile de se mobiliser pour un idéal.

Mais il me semble qu’à Noël on peut parler d’idéal, alors que l’on fête la venue de l’enfant, alors que l’on fête l’incarnation. On peut parler d’idéal à Noël parce qu’avec Jésus né de la vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate, nous ne sommes plus dans le monde des idées, nous sommes dans le réel et le concret, nous sommes dans l’humain. Il y a comme dans l’incarnation un pont établi entre l’idéal et l’humain. Une sorte de réconciliation du mystère et du quotidien. En Jésus, l’idéal devient réaliste et réalisable. En Christ incarné tout devient possible.

En cette période de Noël ne nous laissons pas gagner par le manque d’idéal qui caractérise notre société, cette ambiance consumériste tristounette qui cache à peine les énormes failles de notre société… Laissons-nous porter par l’exemple de Christ, le don parfait venu d’en haut, qui nous pousse, qui nous élève à nous donner également en tant que personne, qui nous appelle à vivre à notre niveau une sorte d’incarnation dans la vulnérabilité.

Accueillir le cadeau de Dieu, et à son tour se donner soi-même, aux autres, au monde c’est le vrai sens de Noël.