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Le savoir-vivre… content – Philippiens 4:10-14

Introduction

Il y a quelques années, on raconte qu’une société multi-nationale a donné à des paysans africains un engrais qui allait leur permettre de doubler leur récolte. L’homme d’affaire qui représentait la compagnie pensait leur avoir donné la solution pour les faire parvenir à une agriculture vraiment productive. Et effectivement la première année les paysans africains obtiennent une double récolte. Mais l’année suivante, l’homme d’affaire revient sur les lieux et s’aperçoit qu’ils ne plantent plus rien. Affolé il leur demande « Pourquoi ne plantez-vous rien ? »

Les paysans africains ont trouvé cette question tout à fait ridicule mais ils répondent quand même: Notre dernière récolte était double nous avons assez pour nourrir notre famille pendant deux ans. Pourquoi planter cette année alors que nous avons suffisamment. »

Cette histoire ne nous dit pas la réaction de l’homme d’affaire mais elle met en présence deux visions du monde radicalement différentes. Deux réponses à une question qui se pose à tous: « De combien a-t-on besoin pour vivre? » A cette question, les uns répondront « assez pour subsister» les autres « le plus possible ». Cette histoire nous met en présence de deux groupes de personnes. Ceux qui sont pour le toujours plus et ceux qui sont satisfaits avec ce qu’ils ont. Et comme nous habitons dans un pays occidental avec une longue histoire de productivité derrière lui, il y a de fortes chances que nous nous trouvions dans le premier groupe, qu’on le veuille ou non, le groupe du toujours plus !

Et la question du groupe dans lequel nous sommes se pose d’autant plus que nous vivons une période de grandes turbulences du point de vue économique… Certains économistes parlent de la fin d’un certain monde, le monde de la croissance et de la prospérité galopante; le monde où chaque génération était plus prospère que la génération précédente, ce monde-là semble être aujourd’hui un monde perdu ! Une sorte de Jurassic Park dont les baby boomer seraient les derniers dinosaures.

Et on nous dit qu’il faudra faire avec ! Avec la baisse de notre niveau de vie, de notre pouvoir d’achat, de nos retraites. Il faudra faire avec la décroissance et la question qui va se poser va être de savoir comment on va vivre dans ce nouveau monde ? Sera-t-on encore dans le toujours plus ou va-t-on apprendre à vivre autrement et autre chose ?

Paul dans les années 60 du premier siècle écrit une lettre à ses amis chrétiens qui habitent la ville Philippe en Macédoine et il va nous parler d’un mot qui ne fait pas vraiment partie de notre vocabulaire quotidien, il va nous parler de contentement. Il va le faire à partir de sa propre expérience et il va écrire comment il a résolu dans sa vie cette question du contentement dans des situations difficiles et même précaires.

Il faut rappeler que Paul se trouve en prison à Rome et qu’à l’époque le prisonnier doit se nourrir à ses propres frais et donc surtout au frais de sa famille ou de ses amis. Heureusement Paul a des amis, en particulier les chrétiens de l’Eglise de Philippes, et leurs dons sont les bienvenus et Paul écrit cette lettre pour les remercier (v. 10) et pour en dire un peu plus. En particulier sur le contentement.

Vous avez noté le verset 11 qui est peut-être déjà souligné dans votre Bible sinon il faut le faire : « j’ai appris en toutes circonstances à être content avec ce que j’ai. » Quelle que soit la circonstance, l’état dans lequel je me trouve, la période de ma vie que je traverse, une période d’abondance et les périodes de disette, de vaches maigres ou grasses (plus rares), de difficultés financières, j’ai appris à être content. Dans la richesse et dans la pauvreté et dans toutes les situations qui se situe quelque part entre ces deux extrémités, j’ai appris à vivre content. Et par ces quelques lignes Paul, cet auteur inspiré par Dieu, nous donne peut-être envie d’apprendre avec lui, ce contentement. Il ne se pose pas en exemple à imiter, il ne lance pas de conseils, ni même des recommandations mais il nous donne envie de vivre peut-être un peu de ce qu’il a vécu. En tous cas c’est mon cas, j’ai envie d’être plus dans le contentement.

1. Le défi du contentement

Premièrement, il est clair que le contentement constitue un défi.

a) Défi d’en parler

Ce n’est pas simple de parler du contentement, d’abord parce que cela va tout à fait à contre-courant. Nous sommes dans une société qui est basée sur la consommation. Pour que notre économie tourne (et pour la croissance), il faut consommer toujours plus. C’est une nécessité et donc le contentement n’est pas une valeur en vogue. Mais ce n’est pas la plus grande difficulté.

Il me semble que le plus difficile quand on parle de contentement c’est de ne pas être mal compris. C’est vrai qu’un discours sur le contentement pourrait être perçu comme un discours de riche et de puissant à l’égard des classes laborieuses aux moyens limités. Un discours de nantis qui leur diraient « contentez-vous de ce que vous avez, n’essayez pas d’avoir plus, travaillez pour nous on s’occupe de tout ». Et là effectivement ce discours sur le contentement serait odieux et relèverait d’une manipulation sociale insupportable.

Mais quand la Bible parle de contentement ce n’est pas de la manipulation. Dans la Bible, Dieu montre toujours une grande sensibilité à l’égard de celui qui a des moyens limités. Le cœur de Dieu incline vers tous ceux qui n’ont pas les moyens. Dans le passage qui nous occupe, il faut bien noter que celui qui parle de contentement est en prison, ce n’est pas un discours d’un puissant qui tente de mieux contrôler les pauvres. C’est le discours d’un chrétien qui sait ce que le mot privation, tension, disette veut dire.

Les mots de Paul sont forts, il parle de privation ou de manque. Ce qui veut dire littéralement: « être en arrière, être en retard. » Cette expression nous rappelle les fins de mois difficiles, la tension que cela peut provoquer, les difficultés quand il faut suivre le rythme de la vie, les frustrations quand on se sait limité pour payer des loisirs à ses enfants, leur offrir une bonne scolarité.

Quand Dieu nous parle de contentement ce n’est pas qu’il soit tout à coup devenu insensible à nos difficultés. Il est avec nous dans notre pauvreté. Mais en parlant de contentement il me semble que Dieu à travers Paul veut nous faire prendre conscience d’une autre possibilité de vie que la frustration et la comparaison. Dieu veut que nous embarquions pour une terra incognita, pour le nouveau monde, celui du contentement. Cette terre est en fait connue, c’est celle du Royaume, le sien… Le Royaume de Dieu.

b) Défi de le vivre

C’est donc un défi d’en parler mais c’est aussi un défi que de vivre le contentement.

Si dans ce passage il n’y a pas véritablement de mise au défi de vivre le contentement, d’autres auteurs s’en chargent. Jésus-Christ lui-même en parle. Il dit par exemple à des soldats qui lui demandent ce qu’ils doivent faire dans la vie : « Ne faites violence à personne et ne dénoncez personne à tort mais contentez-vous de votre solde. » Les soldats à l’époque avaient les moyens de faire pression pour s’enrichir. Aujourd’hui d’autres groupes de population ont ces moyens et Jésus les mettrait également au défi du contentement.

Une autre parole sur le contentement se trouve dans Hébreux 13:5 : « Que vote conduite ne soit pas dictée pas l’amour de l’argent, contentez-vous de vos biens actuels. » N’essayez pas d’en avoir plus !

Il y a donc un véritable défi lancé à tous ceux qui ont choisi de suivre Jésus Christ. Mais ce n’est pas un défi lancé en l’air, pour le plaisir du dépouillement : il y a en ligne de mire une certaine idée du bonheur. Quand Dieu nous parle d’argent dans sa parole il ne le fait pas pour nous poser des interdictions mais pour souligner le côté destructeur de l’amour de l’argent ou du toujours plus. Paul dit au jeune Timothée, fais attention « Car l’amour de l’argent est la racine de tous les maux » I Tim 6:6-8. Et dans maux il y a mal. Le « toujours plus » fait mal à la vie ! On pourrait traduire « maux » par désastres. « L’amour du toujours plus est la cause de bien des désastres. » Combien de familles se sont déchirées pour des questions d’héritage ? Combien de couples se sont séparés pour des questions d’argent ? Combien de vie ont été bousillées par ce culte du toujours plus ?

Le contentement est un véritable défi lancé au bonheur et cet appel nous trouve chacun à différents niveaux : ceux qui ont plus, ceux qui ont moins, ceux qui ont du mal à se contenter de leur revenus, de leur habitation, de leur voiture, de leur vacances. Nous pourrions même étendre cela à des choses plus intérieures, ceux qui ont du mal à se contenter de leur famille, de leur santé, de leur propre personne, de leur mariage, de leur Eglise, de leur spiritualité… Le toujours plus peut jouer aussi dans ces domaines-là aussi et le contentement est donc un défi multiple. Mais c’est un défi au bonheur !

Proverbe 15:15 est un proverbe que les bonne fourchettes apprécieront et j’en ai repéré quelques-unes dans la communauté. « Le cœur content est un festin perpétuel. » Le contentement est un régal à déguster sans modération. Le contentement c’est que du bonheur… un bonheur qui donne du goût à la vie.

2. La source du contentement

En deuxième lieu, il nous faut parler de la source du contentement. Il est intéressant de noter que le mot « content, satisfait » du verset 11 se dit en grec autarkês, qui a donné en français le mot autarcie. L’expression bien connue « vivre en autarcie » signifie « vivre en auto suffisance sans avoir besoin d’aide extérieure ». Ce mot à l’époque du Nouveau Testament est très utilisé chez les stoïciens, une des écoles philosophiques les plus répandues avec l’épicurisme. On a fait parfois des rapprochements entre le stoïcisme et la pensée de Paul. Chez les stoïciens, le mot autarkes ou contentement signifiait « la liberté du sage à l’égard des circonstances et des fluctuations de la vie ». Le stoïque, par un effort de sa propre pensée, doit parvenir à maitriser toutes les situations de la vie, et à modérer tous ses désirs.

Mais la maitrise de Paul a une origine et une tonalité tout à fait différente: sa maîtrise ou son contentement, il les tient uniquement de celui « qui le rend fort ». Le verset 13 est aussi un verset à souligner : « Je puis tout par celui qui me fortifie. » Je peux tout, je peux être content dans toutes les situations que la vie me donne de vivre par celui qui me fortifie, c’est-à-dire Jésus. Il est la source, la base, l’origine de mon contentement.

Vous connaissez Jacques Ellul, auteur protestant français lu dans le monde entier. Les protestants français sont tous est très fiers de lui. Jaques Ellul a écrit un livre sur l’argent (l’homme et l’argent) dans lequel il met bien l’accent sur le fait que l’argent est réellement un pouvoir, une autorité, une domination et sur le fait que Jésus a remporté la victoire sur toutes les dominations, les principautés, tous ceux qui s’élèvent contre Dieu, « il a tout mis sous ses pieds », nous dit la Parole. Non seulement l’argent mais aussi son pouvoir d’attraction. Jésus-Christ a remporté la victoire sur cette puissance-là aussi. Comme le dit le texte très fort de Colossiens 2: 15 : « Il a dépouillé les principautés et les pouvoirs et les a publiquement livrés en spectacle en triomphant d’eux par la croix. » Devant la croix, la course au toujours plus est devenue ridicule.

Et parce que Jésus est mort et ressuscité, parce que Jésus à la croix a tout accompli, parce qu’il a tout donné gratuitement, celui qui place sa confiance en lui, celui qui se saisit de cette vie nouvelle n’a plus besoin de se réaliser lui-même à travers l’acquisition de toujours plus richesses, ou de confort ou de pouvoir et de toute autre chose… Il n’en a plus besoin puisqu’il a tout pleinement en Jésus-Christ ! (Col 2:10).

Le « toujours plus » qui caractérise notre monde s’effondre devant la croix comme un château de cartes lors de la crise de 2008 ! Oui, c’est par lui, en lui et pour lui que nous pouvons vivre le contentement. Et pour nous sortir de cette zone dangereuse de l’insatisfaction perpétuelle dans laquelle nous sommes peut-être, il nous faut nous rapprocher de ce Jésus, venir de nouveau boire à la source. Revenir par exemple à la prière à la lecture de sa Parole, à une vie d’Eglise plus intense, une vie de service désintéressé plus marquée.

Et dans un moment d’intimité, dans le fond de son lit, ou seul dans sa voiture, alors qu’une superbe voiture vous dépasse et vous remarquez qu’elle tire une remorque avec un superbe bateau à moteur en bois acajou (une expérience vécue)… Et ce moment qui pourrait être un moment de grande solitude ou de grande frustration, pouvoir se dire avec un sourire dans le fond de mon cœur… « Jésus avec toi je suis riche, avec toi je suis content…. »

3. L’apprentissage du contentement

Et puis troisième point: l’apprentissage du contentement. Vous l’avez certainement noté, par deux fois Paul utilise des verbes de l’apprentissage :

  • 11 « J’ai appris», comme un disciple avec son maitre.
  • v 12 un autre verbe que l’on pourrait traduire « j’ai été initié » (la version du Semeur : c’est le secret que j’ai appris).

Le terme « initié » est propre aux cultes à mystères et au courant gnostique qui commence. En utilisant ce terme Paul fait un clin d’œil à ce qui faisait à l’époque figure de nec plus ultra en matière de spiritualité: ces religions à mystère qui proposent aux initiés et à eux seuls d’atteindre l’illumination pour comprendre les grands mystères. Paul dit tout simplement « j’ai été initié au contentement: j’ai appris une chose que tous ne savent pas : à être content. » Paul ne précise pas comment il a appris. On peut certainement penser à l’apprentissage par l’expérience. Et Paul en a eues. Il est là à la fin de sa vie, il a dans la soixantaine. Il a eu le temps d’apprendre le contentement, à travers toutes les expériences qu’il a vécues.

On peut penser aussi à un apprentissage à la dure. Paul qui vient d’une famille distinguée avec quelques moyens, a appris dès qu’il est devenu chrétien ce que c’est que d’avoir des moyens limités. Un apprentissage difficile certainement. Quand il parle de détresse au verset 13 il utilise un mot très fort et il montre par là qu’il n’est pas au -de ces difficultés, comme les stoïques. Il en a souffert, il en souffre encore mais il a appris…

Et c’est cela le plus important. Le contentement, on n’y tombe pas comme dans une marmite de potion magique, sans faire exprès. Le contentement s’apprend, il y a comme une école du contentement dans laquelle on entre volontairement où il faut vouloir apprendre. Cela pourrait être notre prière pour 2020 : « Seigneur apprend-moi à être content. »

Je me risque à quelques suggestions pratiques pour vivre effectivement le contentement. Trois suggestions :

– La première serait d’apprendre à se limiter volontairement. Vous me direz : « On y est bien obligé en temps de crise. » Et c’est vrai, on est obligé, mais on peut voir aussi ce genre de période comme un apprentissage pour nous, une occasion de vivre concrètement ce contentement. Mais même quand le quand les possibilités augmentent, apprendre à dire non, j’arrête. Refuser d’entrer dans ce monde du toujours plus. Je m’arrête de temps en temps et je me dis : c’est assez (comme dit la baleine 😉 Je n’ai pas besoin de plus !

– Et puis aussi je propose d’apprendre à créer une ambiance de contentement ou cultiver une ambiance de contentement. Et là je pense à la famille. Les familles aux moyens limités et à celles qui en ont un peu plus. Toutes les deux ont le pouvoir de cultiver une ambiance de satisfaction, non pas d’autosatisfaction mais de contentement. Créer une ambiance où l’on est content de ce qu’on a.

Faire un tri parmi toutes les demandes des enfants, mais aussi prêcher pas l’exemple, surveiller les sujets de conversation en famille, ne pas s’extasier toujours sur ce qu’on n’a pas, mais au contraire attirer l’attention sur la reconnaissance. Pendant les temps de prière à table ou au coucher dire merci pour ce que l’on a et peut-être focaliser l’attention de toute la petite famille sur les choses simples, humbles…. « Laissez-vous attirer par ce qui est humble, » dit Paul. Cultiver une ambiance de contentement.

– Une troisième idée, très pratique celle-là : faites un voyage missionnaire/humanitaire dans un pays non-occidental (il ne s’agit pas d’aller à Las Vegas). Des œuvres missionnaires proposent aujourd’hui de ces voyages de quelques semaines qui changent la vie et la vision de notre vie ici. Portes Ouvertes en propose, mais d’autres aussi. J’ai connu un couple de jeunes très bien, très clean, très beaux, très bien sous tous rapports qui ont fait un voyage de trois semaines au Cambodge avec un ami missionnaires. Ils ont vécu dans un environnement pas toujours très clean, ni très beau, ni très confortable. Quand ils sont rentrés ils étaient toujours étincelants mais ils avaient un petit plus dans le fond de leur cœur. Un cœur un peu plus content et ouvert.  Rencontrer des gens qui ont peu ou moins que nous et qui sont contents, tout cela fait un bien fou et nous aide à relativiser pas mal de choses.

Voilà quelques suggestions. Je ne sais pas si vous en serez contents (!) mais l’important est que le Seigneur nous donne de vivre content avec lui, en lui, en nous souvenant également que « nous pouvons tout par celui qui nous donne la force de vivre ».