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L’Espérance

« Les gens sans espérance errent encore parmi les vivants mais sont déjà morts. » disait Henri-Frédéric Amiel. « Tant que l’espérance l’accompagne, quelque disgrâce qui puisse arriver, l’homme se soutient. » déclarait quant à elle Axel Oxenstiern ; Réflexions sur l’espérance (1652). Elle ajoutait que « l’espérance, c’est elle qui fait revivre les esprits les plus abattus ». L’espérance est donc centrale dans la vie de l’homme. Avec la foi et l’amour, elle fait partie de ces trois vertus qui lui donnent la force de vivre et de continuer d’aller de l’avant. Encore faut-il bien s’entendre sur ce que signifie le mot espérance. Actuellement, avec les évolutions du langage, le mot espérance a un peu muté de sens et se rapproche plus souvent dans l’esprit des gens de la notion d’espoir.

Or, l’espoir, d’un point de vue humain est relatif, incertain. Il repose parfois sur un optimisme pas toujours très réaliste et adulte. Nous pensons que des choses, positives, vont se dérouler plus ou moins prochainement mais nous n’avons aucune garantie qu’elles arriveront bel et bien un jour. Ainsi, Paul encourageait en 1 Timothée les riches à ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines. On ne sait jamais ce qui peut arriver un jour et tout peut basculer très rapidement comme l’histoire de Job nous le montre. Devant son incapacité à maîtriser son avenir, l’homme préfère s’en remettre à des objectifs à court terme et rien que le fait d’envisager que ces objectifs puissent ne pas être atteint le font vivre dans la peur et l’anxiété constante. Il en a ainsi le cœur malade comme le dira l’auteur des proverbes au ch 13.

Mais, si on envisage maintenant l’espérance selon une vision chrétienne, nous pourrons nous rendre compte que, pour nous croyants, espérance et espoir sont très différents. Si l’espoir est avant une vertu humaine, l’espérance, qui est versée dans nos cœurs, possède avant tout une essence d’origine divine. L’espérance n’est pas relative ou incertaine, elle est absolue, certaine, garantie par Dieu. Paul dira à Tite qu’elle a été promise avant tous les siècles par le Dieu vivant qui ne ment point. Si l’espoir est comme une anguille qui nous file sans cesse entre les doigts, l’espérance est comme une ancre de l’âme sûre et solide nous dit l’auteur de l’épitre aux Hébreux. L’espérance ne nous aide pas juste à tenir quelques temps: quelques mois ou quelques années par exemple, mais elle trouve tout son sens et son but dans l’éternité. Elle déplace nos regards de ce qui est terrestre, éphémère vers un horizon plus lointain mais qui nous rend fermes, confiants, en paix.

Mais, plus exactement, qu’est-ce que l’espérance alors ? Quelle est cette chose que ce Dieu qui ne ment point nous garantit ? Il s’agit d’un héritage, celui de la vie éternelle, la promesse d’habiter dans le Royaume de Dieu et d’y vivre pour l’éternité, sans pleurs ni deuil mais dans la paix, l’amour, la joie. Autrement dit, Dieu nous appelle à un futur glorieux, qui est d’une portée universelle et éternelle. C’est une perspective de grâce et de gloire qui contraste avec le manque de perspective que notre monde nous offre aujourd’hui. Beaucoup d’hommes et de femmes dans ce monde manquent de tout et avant tout d’un avenir, pas seulement terrestre mais aussi céleste, un avenir dont l’idée leur donnerait la force de continuer à avancer.

Cette vie éternelle et ce qu’elle recèle comme grâce, gloire, beauté, paix est donc promise par un Dieu fidèle, qui lorsqu’Il parle ne ment point et la question qui se pose à nous alors est de savoir si nous mettons véritablement notre confiance en Dieu et en Sa fidélité ? Lorsque chaque jour, dans notre quotidien, nous avançons avec le nez dans le guidon car les besoins et notre responsabilités nous rattrapent, nous cessons de voir le reste du paysage. Nous arrêtons de voir aussi bien le chemin parcouru que les sommets qui restent à franchie. Quand nous sommes trop préoccupés par le présent, nous cessons de nous souvenir combien Dieu a été fidèle par le passé et combien Il le sera aussi dans le futur.

« Maintenant donc, ces trois choses demeurent : la foi, l’amour, l’espérance. Mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour » (1 Co 13.13)

C’est ici que nous pouvons trouver le lien entre les trois vertus théologales que sont la foi, l’amour et l’espérance. La foi fait référence au passé. Elle nous ramène à l’œuvre que Dieu a faite à la croix pour notre salut et qui est acquise. Par exemple, Paul dira aux Romains que notre vieil homme a été crucifié à la croix. C’est écrit au passé, c’est un fait accompli. Mais la foi nous ramène aussi à l’œuvre que Dieu a déjà fait dans notre vie, par ses nombreuses interventions de protection et de bienveillance. Parce que Dieu est le seul qui ne ment pas et qui dit toujours la Vérité, parce qu’Il nus a démontré Sa fidélité dans le temps, nous pouvons être assurés que ce qu’il a réalisé, il l’a parfaitement accompli et qu’Il recommencera. Sa victoire sur la mort est certaine et la vie éternelle qui nous attend est garantie. La Parole de Dieu nourrit ainsi notre confiance en Dieu et nous aide à vaincre les peurs que nous pourrions avoir quant à notre futur immédiat, plus lointain ou éternel.

L’espérance fait référence au futur, à cette récompense d’un royaume inébranlable que Dieu nous a promis et que nous attendons. Au milieu de toutes les souffrances, des difficultés que nous pouvons éprouver aujourd’hui, l’espérance est ainsi pour nous un gage de notre victoire sur la tristesse qu’engendrent toutes ces choses. Rassurés, en paix quant à notre futur et encouragés par notre passé, nous pouvons alors nous concentrer sur notre présent qui est d’aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes. A cause de l’œuvre accomplie par le Christ à la croix pour nous et à cause de ce futur glorieux qui nous attend, nous sommes assurés de l’amour de Dieu pour nous. Le Christ nous a réconcilié avec Dieu, nous qui étions des enfants de colère, révoltés. C’est sur la base de cet amour divin que nous pouvons à notre tour nous aimer les uns les autres ainsi que le Seigneur nous y invite expressément chaque jour, au présent. Mais de façon plus pratique encore, l’amour nous aide à vaincre la colère. Quand nous sommes en colère, c’est que nous pensons que notre avenir est bloqué et que s’il l’est dans certaines circonstances, c’est parce que un autre, humain ou divin, nous empêche de réaliser ce que nous voulons. Mais la sécurité que nous trouvons dans les bras aimants du Père nous permet de voir l’autre, non comme une menace incontrôlable mais comme quelqu’un qui va nous nous apporter un éclairage nouveau pour améliorer ce futur. Et notre colère pourra s’évanouir.

Parce que l’espérance est ancrée dans la foi et qu’elle renouvelle notre présent, elle nous donne face à l’avenir une nouvelle assurance. Ce n’est pas un espoir humain, incertain, incontrôlable avec lequel nous devons composer mais avec un avenir garanti par Dieu. Cela nous rend ainsi fermes et patients si la vie n’est pas tendre avec nous. Elle nous redonne de la joie, de la reconnaissance et nous pousse à la louange. Elle nous console et nous donne confiance face à la mort quand elle se trouve au détour de notre chemin. Elle nous redonne de la liberté dans notre témoignage. Elle nous donne aussi le désir de mener une vie pure car si l’avenir que nous promet Dieu est radieux, il est aussi composé d’un jugement qui va influer sur la façon dont nous allons vivre cet avenir éternel.  Un jour, chrétien ou non, nous allons nous retrouver face à face avec Dieu. Avec quel bilan, dans quel état nous présenterons nous ? Avec toutes les choses que nous aurons accumulées sur la terre par nos propres efforts, en contrôlant tout ? Ou avec toutes les marques d’honneur, d’amour, de bonté que nous aurons manifestée dans notre vie pour les autres.

Aujourd’hui, notre motivation à vivre au présent ne dépend plus de notre avenir pour beaucoup de monde. Dans un monde déchristianisé et désenchanté, nous sommes de plus en plus confrontés à la mort. Même dans nos sociétés occidentales qui étaient jusqu’ici préservées, la mort s’invite de plus en plus souvent et brutalement et nous appelle à chaque fois un peu plus à nous demander sur quoi nous fondons notre vie. Et pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir sur quoi se fonde notre futur… Avant, la religion chrétienne tenait une bonne place dans la vie de l’homme et la crainte de l’enfer et du jugement le poussait à veiller sur ses actes. Mais cela est démodé aujourd’hui et beaucoup de personnes vivent sans avoir de certitude qu’après la mort, il y ait une vie et de surcroît une vie faite de paix et de joie. Le bonheur, il est là nous chante Christophe Maé cet été. C’est vrai, en partie. Mais quand la souffrance s’invite dans  le cœur de la vie de l’homme sans espérance comme lors des attentats de Nice, tout s’effondre autour de lui. Comme le disait Frédéric Amiel, l’homme sans espérance a beau être vivant, il est déjà mort dans ces cas là car la souffrance lui donne cette impression que la vie s’est arrêtée à cette maladie, ce deuil, cette souffrance quelconque…

Or, l’apôtre Paul en Romains 5  nous propose une progression à développer dans notre vie. Tout d’abord, il arrive des « tribulations » ou dit autrement des souffrances, des épreuves, des crises dans la vie. Face aux épreuves et eaux souffrances qu’elles occasionnent, nous pouvons avoir différentes attitudes :

  • Nous pouvons être impatients. Nous pouvons avoir des difficultés à accepter qu’il faut du temps pour que la vie s’épanouisse, pour que les difficultés que nous rencontrons s’estompent, pour que ce qui a été brisé soit restauré, que ce qui a été perdu soit renouvelé… Tel était le peuple d’Israël dans le désert. Dès qu’une difficulté survenait, le peuple s’impatientait et manifestait son mécontentement. Le peuple ne voyait que son présent douloureux. Il ne voyait pas au-delà de l’endroit inhospitalier la terre promise et les bénédictions dont elle regorgeait.
  • Nous pouvons être frustrés car nous avons du mal à admettre que le plan de Dieu n’est pas forcement le nôtre. Souvent, nous imaginons que nous allons réaliser tel ou tel projet ou que les choses vont se passer de telle façon. Mais lorsque ce n’est pas le cas et s’il s’avère que Dieu propose un autre chemin, nous pouvons être frustrés.
  • Enfin, nous pouvons aussi en arriver à la dépression. Certaines épreuves sont particulièrement difficiles à surmonter et peuvent nous donne l’impression que le temps s’est comme suspendu, arrêté et qu’il n’y a plus d’avenir. Dans ces cas là, on finit par se replier sur nous-mêmes et sur notre passé car c’est tout ce qui nous reste. Cela peut nous rappeler Elie au désert qui s’est écroulé, découragé à cause de Jézabel qui voulait le tuer. Le taux de suicide en France aujourd’hui, environ 10500 personnes par an, témoigne de cet absence d’avenir, d’espérance, de ce vide qui est devant l’homme

Mais il y a aussi une autre attitude à développer ; C’est celle de celui qui consent à souffrir car il y a des souffrances qu’on ne peut jamais accepter parfois. Mais nous pouvons consentir à ce que l’épreuve que nous vivons est là et qu’elle engendre une certaine souffrance. Mais, par la foi, à cause de la fidélité de Dieu dans le passé et parce que nous lui faisons confiance, nous choisissons d’être persévérants et patients. Nous réalisons que l’épreuve va durer un certain temps mais nous sommes prêts à l’endurer car quelqu’un est là pour nous aider à la traverser, quelqu’un sur qui nous pouvons compter de façon indéfectible.

Cette persévérance produit en nous la fidélité. En effet, celui qui face à la difficulté n’est pas impatient, frustré ou déprimé mais persévérant expérimente peu à peu la fidélité de Dieu qui se manifeste au fil du temps. Cette fidélité renforce notre confiance en Dieu et nous pousse à devenir fidèles, à entretenir la flamme de notre foi. Alors, la fidélité éprouvée engendre l’espérance. Celui qui ne fait pas confiance à Dieu dans sa vie, est facilement impatient, frustré ou dépressif car pour lui, seul le présent compte. Le passé qui devrait nourrir sa foi, ne compte pas et ses difficultés sont comme l’obstacle sur le chemin qui l’empêche de voir la suite de la route. Alors que celui qui a éprouvé la fidélité de Dieu dans sa vie peut de façon persévérante et patiente regarder au fur et à mesure de la route plus loin et voir la délivrance arriver.

Et l’espérance ne trompe pas parce que l’amour  de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné. Si notre vie ne plonge pas ses racines dans la foi et ses déploie pas les branches de son espérance vers le ciel, nous aurons beaucoup de mal à vivre le présent. Mais, lorsque celui qui souffre a appris à persévérer, à devenir fidèle il devient assuré de l’amour constant de Dieu dans sa vie  Etant en paix pour lui-même, il peut alors détourner ses regards vers les autres et les aimer et leur communiquer cette espérance qu’il a au plus profond de lui.

L’apôtre Paul nous encourage à nous réjouir toujours. Quand la détresse frappe, quand le malheur surgit ou quand l’épreuve dure, nous n’avons pas forcement de motif de nous réjouir de ce que pouvons vivre dans le présent. Mais malgré tout, nous pouvons rester dans une joie intérieure, que rien ne pourra nous enlever, celle de savoir que nous avons un avenir radieux, glorieux qui nous attend. Cette joie n’est réservée qu’à celui qui a réalisé qu’il n’était qu’un étranger un voyageur sur cette terre. Cette vie ici-bas, sur cette terre n’est pas notre destination mais elle est simplement une porte d’embarquement. Nous sommes en transit en attendant l’appel de Celui qui va nous faire vivre le plus beau des voyages vers la plus belle des destinations : notre terre promise à nous : celle du Royaume de Dieu. Nous vivons sur cette terre en vivant chaque moment de façon intense, de façon épanouie ou dans la souffrance. Mais en ayant conscience que tout cela peut s’arrêter n’importe quand et que la véritable aventure peut commencer à n’importe quel moment.

Alors il y a peut-être urgence pour nous. Urgence à nous poser tout à nouveau les bonnes questions. Sur quoi fondons-nous notre vie ? Et sur quoi fondons notre avenir ? C’est peut-être le temps de nous interroger sur nos choix, sur les orientations que nous désirons prendre, pas seulement pour maintenant mais aussi en vue de l’avenir. La question principale reste de savoir quand l’appel du départ va retentir, vers quel vol nous allons être dirigés. Car il y a un vol pour le Royaume de Dieu et il y a un vol pour une autre destination, celle où ne se trouve pas Dieu et qui n’est pas aussi belle et qu’on appelle l’enfer, Il faut bien l’avoir en tête même si aujourd’hui on ne veut plus en entendre parler. . Et la deuxième question reste de savoir comment nous vivons notre présent. Peut-être avons cette espérance d’être dans le bon vol ; Alors ? Dans ce moment de transit, vers la même destination de bonheur ? Comment nous occupons nous ? Sommes nous juste des consommateurs du siècle présent, cherchant à profiter des avantages de ce monde ? Ou bien, le même amour que Dieu a pour nous et qui nous étreint le cœur déborde t-il pour ceux qui nous entourent ? Avons-nous cette soif qu’eux aussi soient dans le même vol que nous ? Alors si oui, allons et communiquons  cette espérance à ceux qui ne l’ont pas autour de nous. Parlons leur de ce Dieu qui ne ment pas et qui a garanti un avenir éternel et une présence constante à leur côté s’ils le désirent.

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