Présentation et partage d'infos sur notre Eglise

Si Jésus n’est pas ressuscité …

J’ai lu dans Télérama qu’il y avait un prêtre en Normandie qui n’avait pas la langue dans sa poche et qui a commencé son sermon de Pâques « Christ est ressuscité, peut-être bien que oui, peut-être bien que non » et devant l’étonnement de ses fidèles de Saint Jacques de Dieppe, il a ajouté « Vous êtes bien normands n’est ce pas n! » C’est connu chez les Normands, rien n’est sûr ! On ne sait pas ce qu’il a dit dans son homélie mais à la fin il a crié, « Jésus est ressuscité, youpi ! » Il a du répondant ce prêtre, en tous cas Télérama parle de lui.

Mais on peut se demander, comme lui, si avec la résurrection de Jésus on pouvait développer une attitude de Normand: ptête bien qu’oui, ptête bien qu’non. On sait pas trop, on verra bien quand on y sera  ! Et on pourrait poser une autre question similaire et se demander si après tout la résurrection de Jésus est vraiment essentielle pour la foi chrétienne. Ne pourrait on pas s’en passer ? Ça simplifierait bien les choses.

D’autant qu’elle vient un peu comme un happy end qui viendrait gâcher toute l’histoire dramatique de Jésus. Avec la résurrection, on a une fin un peu Hollywoodienne où tout est bien qui fini bien. Après l’horreur de la crucifixion, il y a heureusement le bonheur de la résurrection. Ouf, tout le monde peut aller se coucher tranquille. Tout va bien !

La résurrection c’est un peu « too much » et on devrait pouvoir s’en passer.

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’on se pose la question de la nécessité de la résurrection dans la foi chrétienne. Quelques années après les événements de Jérusalem, certains déjà questionnent la résurrection. Dans l’Eglise de Corinthe, certains étaient parvenus à se construire une foi « «chrétienne » où la résurrection était plus ou moins mise de côté. Sous l’influence de la philosophie grecque, il leur semblait suffisant d’échapper à la matière par une vie dirigée par l’Esprit. Pas vraiment besoin de résurrection des corps, l’esprit suffisait…

Effectivement à l’époque comme aujourd’hui, tout le monde peut se faire un petit bricolage philosophico-spirituo-religieux, en prenant des éléments deci delà. Tout est possible pour les Mac Giver de la religion ou de la philo ! Mais à la fin il faut pouvoir se demander si tout cela tient la route. Est ce que dans ma maison bricolée je vais pouvoir y vivre et y vivre longtemps?

Pour ses amis de Corinthe, Paul va réagir comme il le fait souvent avec sa plume et il va écrire le chapitre 15 aux Corinthiens. C’est un chapitre entièrement consacré à la résurrection mais tout le passage pourrait prendre le titre : Si Jésus n’est pas ressuscité, quelles en seraient les conséquences pour nous ? Dans tout ce chapitre 15, Paul développe une sorte d’argument par l’absurde qui nous permet de nous rendre compte de l’importance de la résurrection. Paul va le faire en 3 arguments qui commencent tous par: « Si jésus n’était pas ressuscité …»

Je reprends simplement des réponses de Paul et je les mets à ma sauce, sauce hollandaise évidemment !

I. Si Jésus n’est pas ressuscité : On est mal!…. avec notre mal

« Votre foi est une illusion, vous êtes encore sous le poids de vos péchés » v. 17.

Pour rendre compte de l’expression « sous le poids de vos péchés » on pourrait parler du mal, du poids du mal. Le péché c’est le mal personnel : le mal qui nous colle à la peau, que nous commettons sans le vouloir mais en le voulant parfois, ce mal personnel que nous parvenons plus ou moins à camoufler, mais qui vient nous attrister au plus profond de nous, ce mal que nous regrettons mais que nous reproduisons et qui vient plomber notre vie et nos relations. Ce mal c’est aussi le mal personnel que nous subissons qui nous est infligé par la vie ou par les autres. Et ce mal non seulement nous fait souffrir mais il nous enferme dans cette souffrance. Le poids de nos péchés c’est tout cela ! C’est ce mal qui nous fait du mal.

Si Christ n’est pas ressuscité le problème du mal (qui est le tout grand problème de notre monde et de notre vie) n’est pas résolu. Je suis toujours avec mes fardeaux, je suis toujours sous le poids de cette culpabilité qui m’écrase et de cette souffrance que je ne comprends pas. Si Christ n’est pas ressuscité, je suis mal… dans ma peau !

Pourtant quand Jésus porte sa croix, quand il est crucifié sur cette croix un vendredi soir, on pressent qu’il touche de près le problème du mal. Il semble que ce Jésus, cet homme de bien est en train de payer de sa personne dans un combat contre le mal. On le pressent parce qu’il y a un détail qui n’échappe à personne ou presque, c’est que ce Jésus a tout l’air d’un innocent. Le centenaire romain l’a bien vu mais aussi un des brigands sur la croix « nous nous méritons ce qui nous arrive mais pas lui. »  Ce Jésus est innocent et donc s’il meurt ce n’est peut-être pas pour sa propre faute mais pour d’autres raisons. Peut-être pour nous, à notre place, pour prendre sur lui notre mal et le mal du monde ? Quand on y réfléchit, c’est tout a fait possible.

Mais s’il reste sur la croix ou plus tard dans le tombeau, qui me dit que ce n’est pas juste un homme qui meurt comme un autre homme, responsable pour ses propres fautes, ses fautes à lui mais pas les miennes ? Comment savoir ?

Certes Jésus accomplit quelque chose d’énorme sur la croix, un acte d’amour, de courage, d’abnégation. Mais en ce qui concerne le problème du mal, il faut en quelque sorte une confirmation qui viendrait d’en haut, il faudrait disons-le le verdict de Dieu sur cette sombre affaire du mal.

Tant qu’il est dans le tombeau, ce sont tous ceux qui l’ont pris pour un illuminé ou un rabbin en mal de publicité qui ont raison ! Tous ces gens pour qui Jésus n’est qu’un homme un peu trop tourné vers la religion, un homme qui meurt par sa propre faute, un homme qui n’avait qu’à se tenir tranquille (bien fait pour lui!). Tant qu’il reste dans le tombeau, tous ces gens ont raison dans ce qu’ils pensent de lui.

Le vendredi soir alors que l’on perce les poignets de ce Jésus, ils ont raison, le samedi matin au petit déjeuner ils ont raison, pendant le repas du samedi midi et pendant la sieste, ils ont raison. Le samedi soir quand ils vont se coucher la conscience bien tranquille, ils ont raison tous ceux qui pensent que Jésus est un homme mort par sa propre faute, mais le dimanche matin, ils ont tort. Jésus Christ est ressuscité !

La résurrection du dimanche matin tombe comme un verdict, il est vraiment le sauveur du monde, il est vraiment la solution au problème du mal, il a vraiment pris tout le mal de ce monde sur lui à la croix. Il a pris le mal du monde et aussi mon mal et le tien.

Quand Christ ressuscite, la croix est confirmée.

Paul écrit dans sa lettre aux Romains (8 :34) « Christ est mort, bien plus il est ressuscité » En disant cela, Paul n’essaie pas d’établir une hiérarchie entre les deux évènements, qui voudrait que la résurrection soit plus importante que la crucifixion. Non, il exprime simplement le fait que la résurrection vient confirmer l’œuvre du Christ à la croix. Christ n’est pas mort seulement, bien plus que cela, il est ressuscité, et ça change tout ! Mais si Christ n’est pas ressuscité, rien n’est confirmé et on est mal.

Charles Guillot (qui a travaillé dans la région niçoise pendant de longues années) écrivait : Si Christ n’est pas ressuscité, s’il est seulement mort sur la croix, nous en serions à simplement louer son dévouement, à chanter son amour, à exalter sa générosité et à vanter son courage mais nous resterions prisonniers de nos problèmes. S’il était seulement mort sur la croix,

Et il continue : Il faudrait abandonner à tout jamais l’espoir d’un quelconque changement dans notre vie, enfermés dans une impasse, coincés au bout de la route…s’il était seulement mort sur la croix… »

Si Christ n’est pas ressuscité, on est mal, on est (comme le dit Charles Guillot) coincés au bout de la route, dans l’impasse du bout du monde.

II. Si Jésus n’est pas ressuscité : On est nulle part

On est coincés au bout de la route, sans beaucoup de perspectives, nulle part ailleurs où aller, coincés dans cette vie.

Sur la pierre tombale de Jésus calfeutré dans son linceul on aurait inscrit : « Ici repose Jésus Christ, priez pour lui. » C’est tout ce qu’il vous reste à faire, lui en tout cas il ne peut plus rien pour lui ni pour nous. Il n’y a pas d’espoir, pas d’ouverture. Alors que faire quand il n’y a pas d’issue ? Autant brûler la chandelle par les deux bouts. Le verset 33 le dit très bien: « Mangeons et buvons car demain nous mourrons. »

Si Christ n’est pas ressuscité nous ne le serons pas non plus et notre vie et notre existence s’arrête à la mort, donc allons-y gaiement. Mangeons jusqu’à l’explosion, buvons jusqu’à la noyade… le plus tôt sera le mieux !

Quand je dis « gaiement » c’est peut-être exagéré parce qu’à bien y réfléchir, ce n’est pas si joyeux que cela. Il serait plus juste de dire : « Allons-y tristement, car il n’y a que cela. »

C’est un peu comme un plat de nouvelle cuisine: quand le garçon apporte votre assiette avec un petit aliment minuscule au milieu, vous vous dites :« c’est tout ce qu’il y a ?» Où sont les frites, les viandes grasses , les mets succulents, le repas de noces ? Cette vie ressemble à un morne plat. Il y aurait comme un manque de densité et de relief évident !

Si c’est tout, pourquoi s’engager dans l’amour et la fidélité, dans des relations intéressantes, dans le service des autres, dans l’éducation de ses enfants, dans quelque chose qui dure et qui a du sens. Si Christ n’est pas ressuscité, je n’en ai rien à cirer de tout cela.

Ni de toi, ni de moi d’ailleurs… Et si au lieu de brûler la chandelle par les deux bouts, je me brûlais la cervelle ? Si Christ n’est pas ressuscité, je suis nulle part, et je ne vais nulle part. Je vous rappelle que nous développons un argument par l’absurde (ne partez pas maintenant, il y a une suite…) Et puis troisième argument:

III. Si Jésus n’est pas ressuscité : On est nuls

v.19 « Nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (malheureux).

Notre religion (relation avec Dieu) est nulle et non avenue ! Elle serait tout a fait inadéquate et inopérante. Elle me rappellerait mes premiers rédactions au lycée François Coupérin quand mon professeur de français me disait: « Monsieur van der Do-es, vous êtes hors sujet ! » Si christ n’est pas ressuscité notre copie religieuse est complètement en dehors du sujet, on est HS, hors sujet ou même hors service.

Le christianisme se résumerait à une série de valeurs à suivre, un mode de vie altruiste où l’on prend soin de respecter les droits de l’homme, un code de conduite à suivre pendant 70 ou 80 ans pour les plus vigoureux comme le dit le Psaume 90. Mais on a envie de dire …« Et alors » ! Et pour les anglophones qui sont présents ce matin: And so what !

Il y aurait dans notre foi comme un manque de puissance rédhibitoire.

Elle ressemblerait à une voiture qui aurait toutes les options, le GPS, ABS, l’air conditionné, siège chauffant, qui serait même suréquipée (je n’ai jamais compris comment on pouvait être suréquipée ou trop équipée !) , qui serait hyperconnectée mais qui ne peut monter la première côte venue. Manque de puissance, moteur est trop poussif, pas assez de chevaux, de puissance !Elle ne passe pas le col de la Lombarde, ni même celui de la Bonnette ! Sur le plat elle fait illusion mais dès qu’il faut monter, il n’y a plus personne.

Sans la résurrection, la religion chrétienne fait illusion. Poudre aux yeux, elle en jette plein la vue au niveau de l’amour par exemple mais mais c’est de la fumée illusoire…  « votre foi est sans objet » écrit Paul au v.13 sans objectif, sans consistance. Nulle vous dis-je ! Et ceux qui prêchent sont encore plus nuls. v14 « nous n’avons rien à annoncer et vous n’avez rien à croire »

Alors nous pourrions encore monter dans les aigus jusqu’à nous donner le vertige. Mais au verset 20 Paul fait retomber la pression.

« Mais en réalité Christ est ressuscité. »

Il s’est vraiment relevé d’entre les morts

Et Paul n’en a jamais douté. Dans ces première lignes du chapitre il apporte de preuves de témoins oculaires… « Il a été vu » « comme je vous vois madame » « il s’est montré ».

Pas un fantôme, pas une apparition, pas une projection du désir, pas une hallucination collective. Il a été vu et on donne des preuves suffisantes pour cela. Comme Jésus donne des preuves à Thomas qui émet un doute. Et Jésus le fait sans faire de reproches à Thomas, parce que c’est important que la foi de Thomas soit fondée sur la réalité de la résurrection, pas sur une idée vague ni sur une possibilité de résurrection mais sur des faits tangibles… « Passe ta main sur mon côté. »

La réalité de la résurrection est de toute première importance.

Comme le dit Paul « Je vous ai transmis un enseignement de première importance… v3 » Suit la liste des témoins oculaires. « Après cela il a été vu par plus de 500 frères à la fois dont la plupart sont encore vivants aujourd’hui. » Autrement dit, vous pouvez aller les interroger, vous pouvez faire une investigation, ils sont connus.

Et Paul range ces informations historiques dans la catégorie de l’enseignement de toute première importance, parce que ça l’est. L’enracinement historique de la foi chrétienne, n’est pas secondaire, les faits objectifs ne sont pas sans importance, ils sont de première importance.

J’ai parlé tout à l’heure d’argument par l’absurde qui peut être un peu déstabilisant, mais il faut bien préciser ici que Christ n’est pas ressuscité parce qu’on serait mal ou nulle part ou nul s’il n’était pas ressuscité et que l’on aurait construit, inventé la résurrection pour des raisons de confort théologique, existentiel, ou pour que l’ensemble soit cohérent.

Non, il est ressuscité parce qu’il est vraiment ressuscité, réellement ressuscité. Il est ressuscité dans la réalité et non juste pour les besoins de mon argumentation. la résurrection de Jésus n’est pas une question de rhétorique mais une question historique avec d’énormes répercussions dans la vie des gens et dans la mienne.

Parce que Christ est ressuscité je peux être sûr que la croix a fait son effet, que l’acte d’accusation qui me condamnait a vraiment été cloué sur la croix. Le mal du monde et le mien sont véritablement derrière le dos de Dieu comme le dit Esaïe. Que la vieille domination du mal sur ma vie a du plomb dans l’aile. Je suis vraiment pardonné en Jésus Christ. J’ai déposé mon fardeau il me l’a enlevé, je ne suis plus mal, je suis libre et je suis bien et je suis surtout dans le bien! Parfois je parviens à le reprendre ce fardeau par habitude et par faiblesse, mais il me l’enlève à nouveau. Le Seigneur m’a mis à l’aise, dit un Psaume et je peux prendre le large dans ma vie.

Parce que Christ est ressuscité, ma vie prend directement une nouvelle dimension. Elle gagne en profondeur et en largeur. Si Christ est ressuscité, il y a une résurrection pour moi aussi et cela change tout. Ma façon de voir ma vie, d’entrer en relation avec les autres, de m’investir dans cette vie. Parce que Christ est ressuscité, je me prépare pour l’éternité, je travaille pour l’éternité et dans ce genre d’entreprise le chômage n’existe pas. Je ne suis plus nulle part. Je ne suis plus au pays du jamais jamais à la Peter Pan mais je suis pour toujours dans le royaume de celui qui donne la vie le mouvement et l’être.

Parce que Christ est ressuscité, ma foi n’est pas nulle ni illusoire, ma foi en Jésus-Christ prend de la puissance. On parle dans la Bible de la communion à la puissance de sa résurrection. Comme la résurrection de Jésus a transformé cette bande de disciple apeurés, fébriles, découragés en des témoins puissants de la bonne nouvelle de l’Evangile, elle nous transforme aussi en des portes paroles et même des exemples d’un message qui vaut le coup, qui vaut la peine et qui peut faire la différence dans le monde ! Être porteurs d’un tel message d’espoir, ça vous change la vie !

Non, vraiment on ne peut pas faire l’économie de la résurrection. Au contraire il faudrait peut-être accueillir ce ressuscité dans nos vies, comme sur cette image de mains ouvertes sur le ressuscité. Christ est ressuscité ! Nous dit la Parole (I Cor 15:20) et dans la tradition orthodoxe l’assemblée répond « Il est vraiment ressuscité ».

Amen.