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Touche pas à mon peuple !

Bonjour à tous. Aujourd’hui, nous vivons donc notre journée d’offrande. Deux fois par an nous prenons un temps à part pour parler de la générosité, de l’entraide, de la mise en commun en vue de l’œuvre de notre communauté pour le Seigneur.

Et bien pour la prédication, nous allons rester sur ce thème, nous allons parler d’offrande. D’une offrande en particulier. Mais celle-là est spéciale, elle a très très mal tourné. C’est surement un des passages les plus dérangeants du Nouveau Testament. Un passage qui met mal à l’aise. Mais personnellement plutôt qu’un sujet de malaise, j’y trouve une magnifique promesse de Dieu à son Église.

Et nous lisons donc ce texte en Actes 4 à partir du verset 32, jusqu’au verset 11 du chapitre 5.

Lecture Actes 4.32-5.11.

Je vous l’ai dit, c’est un texte qui souvent est considéré comme gênant.

En effet nous avons ici un couple, Ananias et sa femme, qui décident de faire un dont à l’Église. Et pour bien comprendre ce texte il faut avant tout regarder ce qui motive l’acte de ce couple. Alors le texte ne précise pas leur motivation. On ne nous dit pas si c’est pour se faire bien voir, ou si c’est réellement de la générosité. Mais il y a quand même deux indices.

Tout d’abord, le premier indice et qui est le plus frappant, c’est la condamnation radicale, brutale, du geste de ce couple. Une condamnation qui va jusqu’à leur mort ! A aucun moment on ne peut imaginer que Dieu punirait ainsi un geste de bonté, de générosité. Ce n’est pas concevable. Donc même si la motivation n’est pas explicite, elle doit être profondément mauvaise.

Deuxième indice, c’est que juste avant de parler de ce couple, le texte nous raconte qu’avant eux, une autre personne a fait la même chose. Il a vendu un terrain et a apporté le produit de cette vente aux apôtres, comme don pour l’œuvre de l’Église du Christ. Lui non plus nous ne connaissons pas précisément sa motivation, mais nous la comprenons lorsque le texte nous donne le surnom de cet homme : Barnabas, « l’homme qui encourage ». Son geste est donc très probablement un geste d’encouragement, d’entraide, de générosité profonde et sincère. D’autant que c’est ce même Barnabas qui sera le compagnon de l’apôtre Paul dans ses voyages missionnaires.

Nous avons donc un homme qui a un geste d’encouragement, de générosité. Puis vient notre fameux couple, qui fait de même, mais leur motivation est manifestement profondément mauvaise.

Nous comprenons alors qu’Ananias et Saphira agissent non pas par générosité, mais pour se faire bien voir par les apôtres et par l’Église. Ils voient Barnabas, cet homme sincèrement bon, à qui l’on donne même un surnom révélateur. Et eux voudraient qu’on les regarde de la même manière ! Ils veulent être connus, reconnus par l’assemblée des croyants ! Mais ils ne possèdent pas la même générosité de cœur. Ils sont cupides, mais en même temps ils veulent passer pour des gens généreux. Alors ils mentent. Leur conversion n’est visiblement pas profonde. Et le texte nous dit que leur cœur n’est pas à Christ.

Donc le problème central, c’est que pour moi Ananias et Saphira ne sont pas réellement croyants. Mais leur attitude peut également se retrouver chez une personne réellement convertie, même si de manière moins dramatique.

Parce que ce qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’au sein du peuple de Dieu, il ne faut pas chercher à être reconnu par les dons des autres, mais par les dons que Dieu nous accorde.

En effet nous sommes tous appelés à la générosité, et il nous faut tous la pratiquer comme une mise en œuvre de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, mais certains d’entre nous reçoivent de Dieu un don qui fait que l’on remarque leur générosité de manière particulière ! Vous le savez comme moi, nous sommes rarement des radins, nous sommes tous prêts à nous entraider ! Mais il y a des personnes qui sont reconnues de manière unanime comme étant particulièrement généreuses. Ces personnes ont reçu de Dieu un don qu’ils mettent en pratique au-delà de ce qui est communément pratiqué.

C’était le cas de Barnabas. Son don était tellement reconnu qu’il en a reçu un surnom : « l’homme qui encourage ». Et parfois, comme Ananias et Saphira, nous pouvons en venir à envier les autres pour leurs dons et pour la reconnaissance qui en découle.

Pourtant, ce qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’à TOUS les croyants Dieu accorde des dons qui peuvent servir sa volonté. Des dons qui, lorsqu’ils sont mis en pratique, sont alors connus et reconnus de tous ! Mais ce ne sont pas forcément les mêmes dons que ceux du voisin ! Pour lui c’est l’encouragement et la générosité, pour moi ce sera peut-être l’écoute, la consolation, l’enseignement, l’exhortation, la gestion, l’hospitalité.

En Romains chapitre 12 verset 6, l’apôtre Paul nous dit ceci : « Dieu nous a accordé par grâce des dons différents. Pour l’un, c’est la prophétie : qu’il exerce cette activité conformément à notre foi commune. Pour un autre, c’est le service : qu’il se consacre à ce service. Que celui qui a reçu un ministère d’enseignement enseigne. Que celui qui a reçu un ministère d’encouragement encourage. Que celui qui donne le fasse sans arrière-pensée ; que celui qui dirige le fasse avec sérieux ; que celui qui secourt les malheureux le fasse avec joie. ».

Au lieu de rechercher les dons que Dieu nous fait, au lieu de chercher à les mettre en pratique, parfois nous en venons à envier l’autre pour les dons qu’il a mais que moi je n’ai pas. Habituellement ça nous fait juste soupirer d’envie. Rien de bien grave. Mais dans le cas d’Ananias et Saphira, ça les conduit à la duplicité et au mensonge.

On dit souvent que l’être humain n’arrive pas à se réjouir de ce qu’il a, mais qu’il recherche constamment à obtenir ce qu’il n’a pas. Surtout si le voisin, lui, possède la chose en question. Et malheureusement ce principe s’étend même à nos dons, nos qualités. Et pas seulement dans le monde, c’est quelque chose que nous observons même dans l’Église.

Haaaa, qu’est-ce que j’aimerais savoir jouer du piano comme ça. Moi aussi alors je pourrai accompagner la louange, et tout le monde le verrait !… Regarde le pasteur, lui il a l’air à l’aise quand il parle en public. (Enfin ça c’est ce que vous croyez.) Il enseigne à une salle entière et tout le monde le regarde, tout le monde l’écoute ! Ou presque… Regarde cette personne, t’as vu comme elle est douce avec les gens ? Tu as vu sa gentillesse, sa compassion ? Alors elle c’est sûr elle prie beaucoup pour les autres. Moi avec mon caractère un peu dur, personne ne vient spontanément se confier à moi… Quand même, t’as vu ce membre du conseil ! Quel charisme ! Ca c’est un leader ! Il arrive à partager, à transmettre sa vision des choses avec enthousiasme et pourtant de manière rassurante, avec une certaine douceur ! Moi ça me ferait tellement peur cette responsabilité…

Malheureusement nous passons parfois beaucoup de temps à discerner les dons que les autres mettent en œuvre. Mais peu de temps à discerner et à travailler, pratiquer, nos propres dons.

Ananias et Saphira ont préféré « ressembler à » plutôt qu’ « être ». Ils ont tendu vers ce qu’ils ne sont pas en oubliant ce que Dieu veut qu’ils soient.

Mais il reste quand même une question très gênante. Pourquoi une telle sanction ? Pourquoi la mort ? Immédiate ! Brutale ! Définitive !

La réponse, je le pense, se trouve au tout début de notre passage : « Tous ceux qui étaient devenus des croyants vivaient dans une parfaite unité de cœur et d’esprit. (…) Avec une grande puissance, les apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la grâce de Dieu agissait avec force en eux tous. ».

Cette grâce de Dieu agissante avec force en tous, ce sont tous ces cadeaux, ces dons que leur Seigneur fait à son Église. Ces dons qu’il accorde à chacun des membres de son peuple. Ces dons qui, lorsqu’ils sont mis en pratique par chacun, entraine une complémentarité qui permet cette unité malgré nos différences. Comme deux pièces différentes d’un même puzzle mais qui pourtant s’emboîtent parfaitement.

Et l’attitude malsaine d’Ananias et Saphira. Cette attitude d’envie profonde qui les conduit au mensonge, à la duplicité, pour leur propre gloire et non pas pour celle de Dieu. Cette attitude n’est pas QUE nocive pour eux-mêmes. Elle menace l’intégralité de cet édifice construit par le Seigneur.

Ils peuvent servir de modèles pour d’autres. Engendrer d’autres jalousies, des désaccords, de la discorde, des disputes, des accusations, des ruptures… Ils ont l’impression de ne faire de mal à personne, juste de se faire bien voir. Et pourtant, à travers eux, c’est en fait l’unité du peuple de Dieu que l’ennemi essaie de détruire. Cette « parfaite unité de cœur et d’esprit » dont nous parle le début de ce passage.

Mais ce peuple est celui de Dieu. Et malheur à ceux dont l’attitude vient mettre en danger ce peuple qu’il a racheté au prix de la vie de son propre Fils. Malheur à ceux qui tentent de profiter des croyants pour leur propre intérêt. Malheur à ceux qui, par orgueil ou ambition, essaient de diviser l’unité d’une communauté. Malheur à ceux qui critiquent, qui jugent, qui soudoient, qui déstabilisent… Malheur à eux, parce que Dieu aime son peuple, comme un Père aime ses enfants. Et nous avons ici un exemple de la sévérité avec laquelle le Seigneur traitera ceux qui auront travaillé à égarer les croyants, même sous des aspects très respectables.

Vous savez, Ananias et Saphira me font beaucoup penser aux pharisiens de l’époque du Christ. Les pharisiens, ces responsables religieux, qui, sous une apparente piété, détournaient finalement le peuple de la volonté de Dieu. Cette volonté d’amour, amour envers Dieu, et amour envers l’autre. Et la sanction très brutale qui tombe sur Ananias et Saphira me fait penser aux paroles terribles que Jésus adresse aux pharisiens en Matthieu chapitre 23. Un passage où Jésus répète 8 fois l’expression « Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ». Par 4 fois dans ce passage il les traite également « d’insensés et aveugles ». Tout ça parce que les pharisiens prétendent guider le peuple de Dieu, mais qu’ils ne font que l’égarer. Voici d’ailleurs un extrait de ce passage, un extrait seulement parce que c’est très long :

« Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ! Parce que vous barrez aux autres l’accès au royaume des cieux. Non seulement vous n’y entrez pas vous-mêmes, mais vous empêchez d’entrer ceux qui voudraient le faire.

Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites, car vous dépouillez les veuves de leurs biens, tout en faisant de longues prières pour l’apparence. C’est pourquoi votre condamnation n’en sera que plus sévère.

Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ! Vous parcourez terre et mer pour amener ne fût-ce qu’un seul païen à votre religion, et quand vous l’avez gagné, vous lui faites mériter l’enfer deux fois plus que vous. »

Et cette très longue tirade du Christ se termine par cette accusation d’une violence terrible : « Serpents, race de vipères ! Comment pouvez-vous penser que vous éviterez le châtiment de l’enfer ? ».

Alors je vous avais dis au début de cette prédication que je voyais dans ce texte non pas un sujet de malaise ou de crainte, mais une magnifique, une merveilleuse promesse que Dieu faisait à son Église. Pourtant jusque là ce message peut sembler très sombre.

Et bien non. Car je vois dans ce texte tout le prix, toute la valeur que l’Église du Christ a aux yeux de Dieu. J’y vois tout l’amour que notre Père a pour nous. J’y vois toute l’attention, tout le soin, toute l’affection qu’il nous prodigue !

En effet si la sanction envers ceux qui détruisent le peuple de Dieu est si terrible, c’est bien que leur faute est aux yeux de Dieu d’une gravité toute aussi grande. Et nous comprenons alors toute la profondeur de l’affection que Dieu a pour son peuple. Un peuple qu’il couvre de sa grâce. Un peuple qu’il remplit de dons, de bienfaits, de bénédictions. Un peuple qu’il chérit et duquel il prend soin. Un peuple que l’on ne peut pas malmener impunément.

Le message central de ce texte, c’est le début de notre passage : au sein du peuple de Dieu, la grâce du Seigneur agit avec force en nous tous !

Dieu nous comble de son amour, de son pardon, et de ses dons, dons qu’il désire que nous mettions à son service sans envier les dons des autres. Dons qu’il nous accorde pour notre bonheur et pour que nous ayons la joie de participer à sa volonté. Dons qui, lorsqu’ils sont reconnus et pratiqués dans la complémentarité engendre cette profonde et parfaite unité de cœur et d’esprit que le Seigneur souhaite pour son Église.

Et enfin je voudrais finir sur une dernière remarque. Oui la condamnation de ceux qui malmènent l’Église du Christ semble terrible. Mais souvenons-nous l’exemple de l’apôtre Paul. Paul qui fut un des premiers et des plus acharnés persécuteurs de l’Église. Mais Paul qui a rencontré son Sauveur, qui a regretté sincèrement ce qu’il avait fait, qui a demandé et reçu pleinement le pardon de son Dieu. Paul qui a mis alors toute sa vie au service de son Seigneur, et qui a mis les dons que Dieu lui accordait au service de l’Église du Christ.

La condamnation est réelle est terrible. Mais la patience, l’amour et le pardon de Dieu son encore plus profond.

Prenons donc garde à notre manière d’agir, de nous comporter, de nous parler, de nous reprendre. N’oublions pas que l’affection profonde que Dieu a pour nous doit devenir également celle que nous avons les uns pour les autres.

Mais souvenons-nous également que cette bienveillance se vit dans le cadre du pardon de Dieu qui rend alors toutes ces choses possibles. Pardon que nous avons reçu, que nous recevons encore, et qu’il nous faut donner alors à notre tour. Amen.