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Un discours qui change tout

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Cannes le 14 juin 2020

Un discours qui change tout

Actes 2 : 37-41

Chers amis, je suis très content de vous voir en « live » ce matin mais je dois dire que je vous trouve un peu différents voire changés ! Ça doit à cause du masque que vous portez tous ! Vous me pardonnerez cette transition mais je voulais parler de changement ce matin.

Une histoire de changements

On s‘est beaucoup posé la question de savoir ce qui allait changer avec cette crise. Notre société sera-t-elle plus solidaire, moins consommatrice, plus sensible ? Je ne suis pas de ceux qui désespèrent de notre société (je crois en la grâce commune de Dieu qui agit dans notre société) et je suis sûr que des choses vont changer et même sont en train de changer. Malgré tout, on peut quand même s’interroger sur le côté durable de ces changements. C’est d’ailleurs la question pour tous les changements comme par exemple les résolutions de la nouvelle année: est-ce qu’ils (ou elles pour les résolutions) vont durer ?

Et si je vous parle de changements c’est parce que nous sommes dans le livre des Actes qui est un livre qui nous parle de nombreux changements et des changements importants !

Le livre des Actes des apôtres, un livre de changements

Premier changement, avant de monter au ciel, Jésus envoie ses disciples pour une nouvelle mission qui va s’étendre jusqu’aux extrémités de la terre. C’est nouveau, ça change la vie une mission comme ça!

A l’ascension, deuxième changement, Jésus monte dans la présence de Dieu, Jésus n’est plus présent sur la terre. Comment vivre en son absence ? La donne est changée mais il y a une promesse et c’est le troisième changement: une nouvelle puissance le Saint Esprit qui descend à la Pentecôte et qui crée une nouvelle unité dans la diversité, et un désir renouvelé de témoigner avec assurance du Christ.

C’est pour cela que Pierre se lève rempli du Saint Esprit et avec une force nouvelle va prononcer la première prédication chrétienne, le premier sermon chrétien. Vous vous rendez compte dans Actes 2, nous avons le premier sermon chrétien de tous les temps ! On ne va pas détailler le contenu de se sermon, cela nous prendrait trop de temps (et il nous est compté) mais on peut en mesurer les effets.

Lecture de Actes 2:37-41

« Ce discours toucha profondément ceux qui l’avaient entendu. Ils demandèrent à Pierre et aux autres apôtres : Frères, que devons-nous faire ? Pierre leur répondit : Changez ! et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ, pour que vos péchés vous soient pardonnés. Alors, vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour ceux qui vivent dans les pays lointains, tous ceux que le Seigneur notre Dieu fera venir à lui. Pierre continuait, avec instance, à leur adresser d’autres paroles pour les persuader, et il les encourageait, leur disant : Recevez le salut, séparez-vous de cette génération dévoyée. Ceux qui acceptèrent les paroles de Pierre se firent baptiser et, ce jour-là, environ trois mille personnes furent ajoutées au nombre des croyants.

3 000 personnes qui changent ! Je vous l’avait dit, il y a là un discours qui apporte du changement, on peut même dire qu’il s’agit d’un discours qui change tout ! Mais nous pouvons nous poser da question de savoir ce qu’il y avait dans ce sermon pour qu’il ait un tel impact ? Nous allons quand même un peu parler du contenu en 2 points.

I. Le contenu du discours

1. Un discours centré sur Jésus Christ

Ce discours est d’abord centré sur Jésus Christ. Si vous le lisez vous verrez qu’il y beaucoup de références à l’Ancien Testament et c’est tout à fait normal, nous sommes à la fête juive de la Pentecôte et de nombreux Juifs de l’extérieur et même de l’étranger sont en ville pour célébrer la fête. Donc Pierre va s’adapter à son auditoire en faisant référence à ce qu’ils connaissent c’est-à-dire l’Ancien Testament. Mais Pierre ne va pas utiliser l’AT juste pour faire le lien avec son auditoire mais pour faire la démonstration que Jésus est bien le messie et qu’il est ressuscité comme le dit le Psaume 16. Si Pierre convoque l’AT dans son discours c’est pour montrer à ces frères juifs que leurs écrits témoignent de Jésus et convergent vers lui. « C’était écrit » dit-il. La démonstration porte sur Jésus et lui seul. Sur le messie: Jésus Christ, ressuscité pour le salut de tous et Seigneur du monde. Le premier discours chrétien ne porte pas sur des questions politiques ou éthiques ou de société (aussi intéressantes et utiles soient-elles), non le premier discours chrétien est au sujet du Christ seul, il est centré sur Christ.

2. Un discours pas démago du tout !

Et puis deuxième point, le discours de Pierre n’est pas démagogique du tout. Un discours démagogique c’est un discours qui caresse l’auditoire dans le sens du poil, qui dit ce que les gens aiment entendre pour pouvoir mieux les manipuler. Il y a aussi le discours populiste pour lequel on dit « il dit tout haut de que les gens pensent tout bas »… et ces mêmes personnes trouvent cela magnifique ! Il me semble pourtant que ce que je pense tout bas n’est jamais très noble, très digne de louange et d’approbation (Philippiens 4:8) ! Enfin…

Mais Pierre n’est pas démagogique pour un sou. Il va même leur dire ce qu’ils n’aiment pas entendre, il va même leur dire ce qu’ils n’ont jamais pensé, même tout bas. Il va les mettre par deux fois devant leurs responsabilités par rapport à la mort de Jésus. Plus que leur responsabilité leur culpabilité. Il termine son discours là-dessus : « Dieu a fait Seigneur et Messie ce Jésus que vous avez crucifié. » Boum, voilà c’est dit. On est loin du discours « tout va bien madame la Marquise» ou du « à l’aise Blaise, cool Raoul, relax Max » ! On est loin également du discours populiste qui dit systématiquement que c’est la faute des autres, des romains, des envahisseurs, des… étrangers.

Non, Pierre les met devant leurs responsabilités. Mais en même temps on peut, avec raison, penser que la plupart d’entre eux n’étaient pas présents lors de la crucifixion et qu’ils n’ont rien à voir avec la condamnation de ce Jésus. Mais Pierre montre qu’il y a bien une responsabilité à la fois collective et personnelle dans le rejet du sauveur et du salut. En disant cela, Il pointe du doigt le péché qui est dans la nature humaine mais qui est aussi dans ma nature humaine. Nous avons tous crucifié Christ par notre péché ! Celui de ne pas vouloir de lui dans notre vie, de pas vouloir de son amour, de son pardon, de sa justice. Le premier discours chrétien est loin d’être démagogique.

3. Un discours solidaire en humanité

Mais en même temps on sent l’affection de Pierre pour ces personnes. Plusieurs fois il les interpelle en les appelant « Hommes frères !». Par cette expression, on sent bien que Pierre se place de leur côté et à leur côtés et c’est de là qu’il les interpelle. Comme quelqu’un qui partage leur vie, leurs doutes et leurs faiblesses. Pierre a beaucoup appris à ce niveau-là, lui qui a renié trois fois Jésus dans la cour du temple. Il est solidaire de tous les pécheurs, remplis de faiblesses et d’ambiguïtés. Pierre c’est un frère en humanité. Pas de démagogie mais pas de condamnation non plus, « hommes frères comme moi, je vous parle de Jésus le sauveur, vous en avez besoin comme j’en ai eu besoin et comme j’en ai encore besoin, pour vivre son pardon et la libération ».

Pierre interpelle ces auditeurs en parlant de Jésus. Il le fait sans démagogie mais dans la vérité! Il les interpelle sur leurs responsabilités mais sans non plus se désolidariser de ses frères en humanité. Quand j’étais jeune pasteur, mon cousin germain me disait toujours pour se moquer de moi : « Cause toujours Eric, au niveau du vécu tu m’interpelles. » Mais les auditeurs de ce premier discours chrétien sont effectivement touchés au niveau de leur vécu. Littéralement le verset 37 nous dit qu’ils sont piqués dans leurs cœurs. Piqués au vif ! Piqués au vif de leur vie ! En profondeur, et le cœur, il faut toujours le rappeler n’est pas seulement le siège des émotions mais aussi celui de l’intelligence et de la volonté, tout l’être est touché, remis en question, remué.

Nous parlons maintenant de la réaction des auditeurs et du changement opéré par ce discours qui change tout.

2. L’effet du discours : le changement dans la vie

Ces hommes avec leur intérieur un peu chamboulé vont poser une question que l’on n’entend pas si souvent : Que devons-nous faire ? Une question qui montre qu’ils sont vraiment touchés, ils sont prêts à faire quelque chose. Ils sentent bien qu’ils ne peuvent en rester là à écouter des paroles qui les touchent, que devons nous faire ?

Et Pierre va répondre en utilisant un verbe très particulier : « Changez » dans la traduction Semeur mais vous avez peut-être d’autres versions qui disent repentez-vous, ou encore convertissez-vous. Et effectivement avec ce verbe, on entre dans la question de la conversion, ce changement radical, et durable, à la fois un retour sur soi-même et un demi-tour. Mais aujourd’hui convertir est un mot qui devient un peu compliqué à utiliser, on parle plus de convertir des fichiers ou de se convertir à la nourriture bio, à l’électrique pour les voitures, au lait sans lactose, au pain sans farine…

Se convertir, c’est à dire : changer !

Convertir n’est peut-être pas le meilleur verbe à utiliser aujourd’hui mais il vaut la peine de revenir à ce fameux verbe dans le livre des Actes, qui en grec veut dire littéralement : « penser par après » (métanoeô). Il y a une nuance de regret dans ce verbe : « On pense après ce qu’il aurait fallu penser avant. » Et là on rejoint la repentance qui est aussi un mot très chargé mais qui fait quand même partie du processus de la conversion. Une nuance de regret mais il faut savoir que dans ce verbe l’accent est moins sur les sentiments ressentis comme la tristesse que sur l’intelligence que l’on a de la situation. Se repentir c’est « se rendre compte de… » et ensuite de prendre une décision en vue d’un changement. Se convertir, disait Bernard Bolay dans son livre « Conversion oblige », « c’est proprement changer sa manière de voir après avoir compris la nécessité et la raison de le faire ». C’est donc une décision du coeur mais aussi de la volonté.

Il faut le préciser parce qu’on se pose souvent la question des émotions dans la conversion. Faut-il ressentir quelque chose ? Une chaleur ? Une lumière ? Un bien-être ? Faut-il pleurer ? Et puis la question de la durée de la conversion. Doit-elle être radicale, en un jour ou peut-il y a voir des conversions progressives ou par étapes ? Pour en discuter, j’aimerais vous citer quelques conversions « historiques ».

Quelques conversions qui ont fait date

De grandes conversions ont jalonné l’histoire de la chrétienté. Celle de Paul d’abord sur le chemin de Damas où il était pour aller persécuter des chrétiens et cette voix « Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu ? » Faire son chemin de Damas est devenu synonyme de conversion.

Mais aussi celle de Saint Augustin, qui était Manichéen et qui se tourne vers le Christ quand il entend une voix dans un jardin à Milan, qui lui dit « Prends et lis ». Il parlera d’une libération.

Celle de Blaise Pascal, mathématicien et ses pleurs de joie dans ce qu’il appelle « sa nuit de feu », sa nuit de conversion.

Celle de John Wesley fondateur du méthodisme qui fait figure de prototype. Nous lisons un extrait du récit de sa conversion : « Le soir je m’en fus à contrecoeur dans une réunion où quelqu’un lisait la préface de Luther à l’Epître aux Romains. A neuf heures moins le quart environ, alors qu’il décrivait le changement que Dieu opère dans le cœur par la foi au Christ, je sentis une étrange chaleur me gagner le cœur. Je sentis que je plaçais effectivement ma confiance dans le Christ, le Christ seul pour mon salut ; l’assurance me fut donnée qu’il avait pris mes péchés, oui les miens, et qu’il m’avait sauvé de la loi du péché et de la mort. Je rendis alors témoignage ouvertement, à tous ceux qui étaient présents de ce que, pour la première fois, je sentais en mon cœur. »

Wesley peut dater sa conversion du 21 mai 1738, à 20h45 environ. Il y a tout dans ce récit, la sensation de chaleur qui lui gagne le cœur et le témoignage après le changement. Tout y est et on pourrait être jaloux de ce Wesley qui aurait tout compris en une demi-heure! Alors que pour certains d’entre nous, tout cela a pris des mois ou même des années. Mais on se rassure bien vite, il n’y a pas de chemin balisé pour la conversion, ni de formules, ni de choses à dire ou de dates à donner. On apprend d’ailleurs que la conversion spectaculaire de Wesley fait suite à un long processus antérieur. Depuis 10 ans, John Wesley organise à Oxford des réunions qu’il appelle des « clubs de sainteté » et qu’on y parle déjà de méthodisme. Il y a tout un travail préparatoire de Dieu dans la vie de Wesley avant ce moment de l’année de grâce 1738.

A chacun sa conversion

J’ai envie de dire pour la conversion « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse », l’ivresse de l’Esprit Saint que l’on reçoit lorsque l’on se donne au Christ. Qu’importe les modalités de notre conversion, pourvu que l’on se soit donné au Christ, pourvu qu’on le reconnaisse comme son Sauveur et Seigneur.

Faut-il se convertir tous les jours ?

Une dernière question par rapport à la conversion, faut-il se convertir tous les jours ?

Mon père me le disait parce qu’à l’époque c’était une phrase qui circulait et moi en tant que jeune chrétien protestant évangélique je n’aimais pas cette expression parce qu’il me semblait que bibliquement on se convertissait une fois pour toutes. J’avais raison comme tous les jeunes hommes pensent avoir raison face à leur père mais en vieillissant j’ai compris que mon père avait raison également ou du moins qu’il n’avait pas tout à fait tort ! Il y a effectivement cette décision au départ de suivre Christ toute sa vie, ce changement durable d’orientation et de direction dans sa vie… Mais il y a aussi chaque jour des petits changements à opérer, des remises en route à faire, des rectifications de trajectoires à apporter, des remises à jour de nos logiciels intérieurs qui tournent en rond parfois, et puis il y a aussi nos résistances à l’action de Dieu dans notre vie qu’il faut pouvoir mettre devant le Seigneur et dépasser.

Pour justement enlever ces résistances à la conversion d’un jour ou de tous les jours. J’ai trouvé chez un auteur cette belle image. On résiste à la conversion comme lorsqu’on plonge une cruche, ouverture en bas, dans une bassine d’eau : elle résiste, elle résiste et tout à coup la résistance cède et voilà notre cruche remplie d’eau !

Sommes-nous prêts à nous laisser remplir ? Sommes-nous prêts à nous laisser changer radicalement et durablement ?

Oui, par sa grâce et par l’action de son Esprit !