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Un roi pas comme un roi

La scénette que nous venons de voir pose un autre regard sur les évènements biblique des Rameaux. La Parole de Dieu ne nous raconte pas la réaction du propriétaire de l’ânon. Le texte de Matthieu chapitre 21 nous dit juste ceci :

« Jésus envoya deux de ses disciples en leur disant : – Allez dans le village qui se trouve là devant vous. Dès que vous y serez, vous trouverez une ânesse attachée et, près d’elle, son petit. Détachez-les et amenez-les-moi. Si quelqu’un vous fait une observation, vous n’aurez qu’à lui dire : « Le Seigneur en a besoin », et on vous les laissera prendre immédiatement. (…)

Les disciples partirent donc et suivirent les instructions de Jésus. Ils amenèrent l’ânesse et son petit et posèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. »

On ne connait pas la réaction ou les réflexions du propriétaire de l’ânon. Cette scénette essaie de l’imaginer en se basant sur les quelques indices bibliques. Et il y a certaines de ces réactions que j’aimerais reprendre et commenter un peu.

Tout d’abord le propriétaire se demande pourquoi un Seigneur, c’est-à-dire un roi, aurait besoin de son ânon. Dans la scénette il dit « Un Seigneur du genre chef, roi ou gros propriétaire ? Pourquoi aurait-il besoin de mon âne ? ».

C’est effectivement une question qu’on peut se poser. L’évènement des Rameaux, c’est l’entrée royale du Christ à Jérusalem. Jésus se présente comme le roi annoncé dans l’Ancien Testament, notamment dans la prophétie de Zacharie chapitre 9 : « Tressaille d’allégresse, ô communauté de Sion ! Pousse des cris de joie, ô communauté de Jérusalem ! Car ton roi vient vers toi, il est juste et victorieux, humilié, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. ».

D’accord Jésus vient accomplir cette prophétie de l’Ancien Testament, pour bien montrer qu’il est ce roi promis. Mais pourquoi faudrait-il monter sur un ânon pour montrer qu’il est roi ?

Et bien tout simplement parce que dans l’ancienne tradition d’Israël, la monture des chefs ou des rois, ce n’est pas le cheval, c’est l’ânon. Ca peut paraître bizarre, pas très glorieux, mais c’était comme ça. Et on trouve, plusieurs fois, dans l’Ancien Testament, des récits où il est précisé que le chef du peuple et les princes se baladaient sur des ânons.

En voici des exemples. Tout d’abord dans le livre des Juges, au chapitre 10 : « Yaïr de Galaad fut chef en Israël pendant vingt-deux ans. Ses trente fils montaient trente ânons et possédaient, dans le pays de Galaad, trente villages ».

Un autre exemple dans le livre des Juges au chapitre 12 : « Abdôn, fils de Hillel, de Piratôn, fut chef en Israël pendant huit ans. Il eut quarante fils et trente petits-fils qui montaient soixante-dix ânons. ».

Monter un ânon, c’est la marque du chef, du roi ou du prince. Et il y a d’ailleurs un moment particulier dans la vie du roi David qui est lié à un ânon. Un jour, son fils Absalom a monté un coup d’état pour renverser son père, et David a du fuir avec quelques fidèles. David est donc en fuite, son fils Absalom est dur le trône, et voici une anecdote rapportée en 2 Samuel chapitre 16.

« Quand David eut un peu dépassé le sommet de la colline, Tsiba, l’intendant de Mephibocheth, vint à sa rencontre avec deux ânes bâtés portant deux cents pains, cent paquets de raisins secs, cent autres de fruits d’été et une outre de vin. Le roi lui demanda : – Que veux-tu faire de tout cela ?

Tsiba lui répondit : – Les ânes sont destinés à la famille du roi pour être montés ; les pains et les fruits serviront de nourriture aux jeunes gens et le vin rafraîchira ceux qui seront fatigués dans le désert. »

Cet intendant, Tsiba, veut montrer à David que malgré le coup d’état, pour lui ça change rien, à ses yeux c’est David le seul roi légitime sur Israël. Et pour le lui montrer, il lui donne des ânes, pour que la famille royale voyage dessus. David comprend alors directement que ce n’est pas qu’une question de confort, pour que sa famille ne voyage pas à pied. C’est une marque de fidélité. Par ce geste Tsiba reconnait la royauté de David.

Et d’ailleurs David a été le dernier roi d’Israël à suivre cette tradition. Après lui, Salomon préfèrera le cheval comme monture royale. C’est un peu plus classe, et ça donne une image de roi guerrier, dominateur. Parce que le cheval servait surtout pour la guerre.

Le fait que le Christ monte un ânon pour entrer à Jérusalem, aux yeux de toute la foule, cela indique sans doute possible qu’il se revendique comme étant un roi dans la lignée de David, David qui fut le dernier roi d’Israël monté sur un ânon. A l’époque c’est clair pour tout le monde. C’est pour ça que la foule accueille le Christ en criant « Hosanna au Fils de David ».

Pour eux à ce moment là, Jésus est bien le messie, le roi promis par Dieu qui doit venir dans la lignée de David. (Pause)

Jésus se présente donc bien comme le roi promis, qui doit délivrer son peuple. Mais dans scénette, le propriétaire de l’ânon a une autre réflexion que j’ai envie de relever. Il nous dit « Avec toute cette foule qui descend maintenant avec eux du mont des Oliviers ! On les entend d’ici ! Ils chantent ! Ils crient ! Ils vont faire entrer Jésus dans Jérusalem comme si c’était un roi ! Un roi, mais pas comme un roi… ».

Un roi pas comme un roi. Déjà, rien que le fait que Jésus monte un ânon montre que ce n’est pas un roi comme les autres. Parce que depuis Salomon, les chefs et les rois montent des chevaux, pour se présenter comme des chefs de guerre, des rois guerriers !

Mais si Jésus choisi l’ânon, c’est pour signifier qu’il est un roi, mais pas comme un roi de l’époque. Il sera un roi, mais un roi humble, et son règne sera pacifique. Il ne vient pas renverser le pouvoir en place. Il ne vient pas chasser les romains. Il ne vient pas faire la guerre. C’est un roi humble, qui apporte la paix à son peuple.

Et ça, les disciples du Christ ont eu beaucoup plus de mal à le comprendre. Ils n’ont pas bien saisi le symbole. Alors il a fallu que le Christ en rajoute une deuxième couche peu après pour essayer de leur faire comprendre.

Dans l’Évangile de Jean, l’entrée triomphale du Christ se trouve au chapitre 12. Puis, juste après, au chapitre 13, pendant le repas de la Pâques, nous lisons ceci à partir du verset 4.

Lecture Jean 13.4-5, 12-17.

Lors de ce repas, Jésus leur affirme qu’il est bien Seigneur et maître, au verset 13. « Vous m’appelez Maître et Seigneur – et vous avez raison, car je le suis ». Il est bien ce roi qui était promis dans l’Ancien Testament.

Pourtant, il vient de s’habiller comme un serviteur de l’époque, juste une serviette de lin attachée autour de la taille. Et il accomplit le geste qui permettait à l’époque d’accueillir confortablement un visiteur, un étranger. Les gens marchaient en sandales et avaient les pieds salis par la poussière du chemin. Leur laver les pieds, c’était les accueillir avec bienveillance, dans le confort.

Jésus vient de le faire de ses mains. Et il montre par ce geste qu’il n’est pas un roi qui a besoin d’être accueilli par une foule en délire. Mais qu’au contraire, c’est lui, le roi, qui est venu pour accueillir son peuple, pour le rassembler, pour le purifier. (Pause)

On pourrait s’arrêter là. On a parlé en détail de cet évènement des Rameaux. Le Christ, roi monté sur un ânon dans la lignée du roi David, ce roi promis par Dieu. Mais roi humble, qui apporte la paix et vient accueillir son peuple dans son Royaume.

On pourrait s’arrêter là. Mais Jésus va plus loin. Car ce geste du lavement des pieds. Ce geste qui montre l’humilité du Christ, qui montre son amour pour ses disciples, et qui montre son désir de les accueillir et de les purifier. Ce geste, il lui donne une dimension encore supérieur, au verset 15.

« Je viens de vous donner un exemple, pour qu’à votre tour vous agissiez comme j’ai agi envers vous. »

Je vous ai montré mon amour pour vous. Je vous ai purifié. Je vous ai accueilli, dans mon Royaume, en me mettant à votre service. Et bien dans ce Royaume, ces valeurs d’amour et de service envers l’autre seront dorénavant et pour toujours celles qui devront diriger vos relations. Voici la seule et unique Loi de mon Royaume, nous dit le Christ par ce geste, accueillez-vous, avec humilité, comme moi je vous ai accueillis. Pardonnez-vous, comme moi je vous ai purifiés de vos fautes. Servez-vous, comme moi je me suis mis à votre service. Aimez-vous, comme je vous ai aimés le premier.

Faire partie du Royaume du Christ, être membre du peuple de Dieu, c’est un cadeau que nous recevons du Seigneur, sans aucun mérite de notre part. Mais en retour, il implique pour nous que nous suivions cette seule Loi du Royaume de Dieu : accueillez-vous, pardonnez-vous, servez-vous et aimez-vous les uns les autres.

Et il faut bien prendre conscience que ce n’est pas une simple requête du Christ envers nous. C’est une exigence, un commandement. La seule Loi qu’il nous impose. Une Loi très simple, qui permet au Christ d’affirmer que son joug est doux et léger. Mais une exigence tout de même, il le précise lui-même : « Si vous savez ces choses vous êtes heureux à condition de les mettre en pratique. »

Ces choses, je ne pense pas vous les apprendre. Nous les savons. Nous rappelons régulièrement ce commandement d’amour. Mais le bonheur d’appartenir au Royaume du Christ ne se trouve pas dans ce savoir. « Vous êtes heureux à condition de les mettre en pratique ».

Cette simple et unique exigence du Christ, il nous faut donc la rappeler, nous en souvenir, mais également travailler ensemble à la mettre en pratique.

Et j’y reviendrai durant les annonces, mais durant le mois de Mai nous aurons un weekend d’Église, les 7 et 8 Mai. Weekend fraternel, weekend de détente. Mais également moment de réflexion en commun.

Et dans le cadre de l’outil « Vitalité » que nous avions entamé, avant un longue pose, mais que nous voulons maintenant poursuivre, l’équipe Vitalité va à nouveau se réunir. Cette équipe dans les semaines à venir va nous faire des rappels de ce qu’est cet outil d’Église « Vitalité ». Et durant ce weekend d’Église du mois de Mai, l’équipe va proposer à notre réflexion des points concrets, pratiques, qui peuvent guider nos relations fraternelles.

De cette réflexion commune sortira une charte. Une charte qui ne sera pas une Loi pour nous, mais un rappel permanent de ce que nous désirons mettre en pratique pour répondre à l’exigence du Christ envers nous.

Mais sur tout cela nous y reviendrons dans les semaines à venir. En attendant, aujourd’hui est l’occasion pour nous de reconnaître, de proclamer, de célébrer cette royauté du Christ sur son peuple. Tout en rappelant cet impératif, cette exigence, cette seule et unique Loi du Royaume de Dieu pour laquelle le Christ a donné l’exemple : accueillez-vous, pardonnez-vous, servez-vous et aimez-vous les uns les autres.

Que le Seigneur soit béni pour son amour. Et qu’il nous aide à nous en montrer digne en retour. Amen.