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Un Royaume divisé

Un Royaume divisé

Bonjour à tous. Pour la prédication d’aujourd’hui, je vous invite à lire ensemble un texte dans l’Évangile de Matthieu, au chapitre 12, les versets 15 à 26.

Matthieu 12.15-26

Ce texte nous parle de division. Mais pas forcément de celle qu’il nous semble évidente au premier regard.

La prophétie d’Ésaïe qui nous est rapportée dans ce passage nous rappelle justement que le messie ne doit pas venir apporter la division, ou la discorde. On n’entendra pas le messie dans les rues ou sur les places en train d’accuser à tout va. Au contraire, il viendra rassembler le peuple de Dieu dans sa justice et dans son amour.

Alors fatalement si le Christ rassemble son peuple, il y aura une division, une fracture au sein de l’humanité, parce que son appel va séparer ceux qui font partie de son peuple de ceux qui n’en font pas partie. Mais la division n’est pas son but, il vient rassembler, la fracture ne sera qu’une conséquence du choix personnel de chacun, d’accepter ou non l’appel du Christ.

Le Christ, le bon berger, vient rassembler son troupeau. Et pour cela, il délivre son peuple de celui qui les maintenait en esclavage. Ici notamment il délivre un homme qui était sous l’emprise d’un esprit mauvais. Avant de rassembler, Dieu doit délivrer. C’est ce qu’il fait. Le Christ délivre une personne sous l’emprise d’un esprit mauvais, ce qu’aucun prophète de l’Ancien Testament n’a réalisé ! Le Christ rend la vue par la même occasion à cet homme qui était aveugle, et là encore aucun autre prophète ne l’avait fait avant lui !

Le Christ fait plus ici que les prophètes du passé, alors aux yeux du peuple il doit être plus grand qu’eux ! Et peut-être même être celui que Dieu a promis, celui qui doit sauver, unir et guider le peuple de Dieu ! Et le peuple n’y reste pas insensible, l’œuvre d’unité du peuple de Dieu est en marche, la prise de conscience est proche : « Cet homme n’est-il pas le fils de David ? ».

Mais la prise de conscience n’est pas générale. Certains n’apprécient pas. Ils ne comprennent pas. Ils pensent différemment. Et c’est là que se passe pour moi ce qui peut produire la réelle division. Et c’est ce sur quoi nous allons nous pencher ce matin.

« Les pharisiens, ayant appris ce qu’on disait de lui, déclarèrent : – Si cet homme chasse les démons, c’est par le pouvoir de Béelzébul, le chef des démons. »

Les pharisiens, ces responsables religieux, chargés de guider le peuple de Dieu, n’apprécient pas que ce Jésus vienne enseigner et agir avec autant d’autorité. Pour eux, Jésus est en train de détourner le peuple de ses guides légitimes ! De leur manière de faire traditionnelle ! Peu importe la justesse de son enseignement et le caractère visiblement miraculeux de ses actes, ils n’apprécient pas.

Alors ils en viennent à la conclusion que Jésus ne peut pas être au service de Dieu. Et le texte nous dit que « les pharisiens déclarèrent ». On a l’impression qu’ils n’ont pas caché leur ressenti, qu’ils l’ont exprimé clairement, directement à Jésus lui-même.

Pourtant ce n’est pas le cas. Car au verset suivant, le texte nous dit « Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit ».

Ce n’est pas publiquement que les pharisiens ont exprimé leurs doutes, leurs critiques, leurs accusations. Ce n’est pas à Jésus qu’ils se sont adressés. Ils ont partagé ces doutes et ces critiques entre eux. Et Jésus n’a pu leur répondre que parce qu’il connaissait leurs pensées. Parce qu’il est Dieu.

Dans ce texte, nous avons finalement un groupe de personnes qui critiquent, qui accusent, mais entre eux, dans leur coin, sans aller voir la personne concernée pour en discuter avec elle.

Et lorsque Jésus vient leur parler de division, il leur déclare que « aucune ville, aucune famille divisée ne peut subsister ».

Et à cet instant précis, quelle famille, quel peuple semble clairement divisé ? A quel peuple toutes les personnes présentes affirment-elles appartenir ? Au peuple de Dieu. A la famille de Dieu.

Le peuple qui assiste à tout ça est celui qui a hérité des promesses et de l’alliance passées avec Dieu. C’est le peuple que Dieu a choisi. Les pharisiens sont les guides religieux, les guides spirituels qui ont pour mission de conduire le peuple dans la compréhension de Dieu et dans une croissance de leur relation à Dieu. Jésus est celui que Dieu a envoyé pour sauver ce peuple qui est perdu.

En démontrant qu’il est bien au service de Dieu et non du diable, Jésus est en fait en train de montrer qu’à cet instant précis, la famille qui est divisée, ce n’est pas celle de l’ennemi, c’est la famille de Dieu qui est divisée. Et ce qui n’était qu’une remarque devient alors une mise en garde terrible : « aucune ville, aucune famille divisée ne peut subsister ».

D’où vient cette division au sein du peuple de Dieu. De la mauvaise compréhension des pharisiens ? Pas forcément. Parce qu’ils ont tout à fait le droit de ne pas être d’accord avec Jésus ! Même si nous savons qu’ils ont tors, ne pas être d’accord n’est pas un problème.

Au sein du peuple de Dieu, nous sommes tous différents, et des désaccords, des compréhensions différentes des choses, il y en a et il y en aura toujours. Le désaccord est une chose naturelle, normale, qui prouve seulement notre diversité, ça ne suffit pas à créer la division.

En revanche les pharisiens ont une attitude qui peut transformer ce désaccord en division. Entre eux, dans leur coin, ils critiquent, ils accusent, sans que la personne concernée ne soit au courant.

Si je suis en désaccord avec une personne, et que je vais lui dire. Qu’est-ce qui peut se produire ? Dans le meilleur des cas, je vais exprimer mon désaccord, l’échange se fera de manière bienveillante, sans agressivité, la personne recevra mon interpellation de manière toute aussi bienveillante. Et peut-être que le désaccord persistera, on n’est pas obligé d’être d’accord sur tout, mais au moins, nous nous serons compris. Nous saurons pourquoi l’un et l’autre pensent différemment. On l’accepte, on le respecte. Et c’est dans cette différence qui demeure que nous continuerons à vivre notre unité en Christ.

Dans le pire des cas, la remarque se fait plutôt agressive, la réception se fait colérique. On se vexe, on se fâche, on se crie dessus peut-être même un bon coup. Ici la relation est mise à mal. Les deux personnes se sont montrées coupables l’une envers l’autre. C’est donc une mauvaise réaction. La division est visible. Mais ! Et il y a un « mais » immense, qui fait toute la différence : il reste toujours une chance, un chemin, une occasion de rétablir l’unité sans effacer la différence. Et ce moyen, c’est le pardon. Le pardon donné, et reçu, mutuellement. Le tors partagé qui est reconnu. Le regret sincère et mutuellement exprimé. La relation rétablie, l’unité retrouvée, pourtant avec le désaccord qui reste et qui restera quoi qu’il se passe, parce que les personnes restent différentes. Le pardon a le pouvoir de rétablir ce que le péché a brisé.

Voila ce qui peut se produire lorsqu’au sein d’un désaccord les personnes se parlent, directement. Dans le meilleur des cas, l’échange reste bienveillant et paisible. Dans le pire des cas, la relation est mise à mal. Mais la porte reste alors ouverte au pardon qui seul peut rétablir ce que le péché a brisé.

Mais les pharisiens ne sont pas allés discuter avec le Christ de leur désaccord. Ils n’ont pas eu de démarche honnête et directe, qu’elle soit bienveillante ou agressive. Ils ont décidé d’en parler entre eux. De critiquer entre eux. D’accuser entre eux. Et que se passe-t-il dans ce cas ?

Lorsque je suis en désaccord avec une personne, et que je ne vais pas lui en parler. Mais qu’à la place je vais trouver mes amis, pour râler, critiquer, accuser, exprimer mon désaccord avec des personnes qui je le sais bien souvent vont me soutenir. Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Je suis en train de rompre la relation, de créer la division, sans que la personne concernée ne le sache, sans qu’elle ne soit au courant. Et je suis donc en train de rompre la relation en fermant totalement la porte à toute possibilité de pardon.

Il ne peut pas y avoir de pardon réciproque, vu qu’il n’y a pas de prise de conscience mutuelle ! Y en a un qui est même pas au courant. Il ne peut pas y avoir de rétablissement de la relation vu qu’officiellement la relation n’est même pas rompue. Pourtant, dans les faits, la relation est belle et bien en train de se rompre.

Peut-être que cela vous est déjà arrivé de préférer parler aux autres plutôt qu’à la personne concernée, mais pas forcément avec de mauvaises intensions ! Ca peut être aussi dans le but de ne pas se fâcher avec lui ou elle. Dans le but de préserver la paix et la relation. Et bien c’est une illusion, c’est faux, c’est une tromperie du mal. Parce qu’en critiquant une personne sans lui en parler, la relation est belle et bien en train de se rompre. Elle se détruit. Notre regard sur ce frère ou cette sœur en est modifié. On a un regard plus négatif, souvent un regard moins lucide également. La division est là ! Mais pire que ça ! Il n’y a aucun moyen de rétablir cette relation. Parce qu’il n’y a aucune possibilité de repentance, ou de pardon.

« Aucune ville, aucune famille divisée ne peut subsister ».

Est-ce que nous voulons subsister ? Ou est-ce que nous voulons nous détruire de l’intérieur ? Est-ce que nous reconnaissons que nous sommes des pécheurs pardonnés et sauvés par le Christ et qui doivent donc vivre dans l’honnêteté et le pardon malgré leurs limites ? Ou est-ce que nous préférons fermer la porte au pardon que nous avons reçu les premiers ?

Et cas de désaccord, de différence d’opinion, est-ce que nous avons pris l’habitude d’en parler en petit groupe, de critiquer dans le dos, d’accuser à demi-mots, en nous cachant derrière de bonnes intentions ? Ou est-ce que nous apprenons, et j’ai bien dit « apprenons », parce que c’est pas naturel, ça va pas de soit, ça demande des efforts, c’est un apprentissage. Est-ce qu’avec l’aide de l’Esprit Saint nous apprenons à vivre dans une relation à la fois bienveillante, honnête et franche ?

Et là je nous parle à tous, à vous comme à moi. A quand remonte la dernière fois où nous avons critiqué un frère ou une sœur mais avec d’autres, sans lui dire ? (pause)

Est-ce que c’est une pratique qui est devenue habituelle, fréquente, voir même banale entre nous ? (pause)

Est-ce que nous voulons bâtir des relations que nous pratiquons dans la rumeur et la médisance ?

Personnellement, je reconnais que j’ai agi de cette manière au milieu de vous. Râler au sujet des autres, sans leur dire. Je reconnais que j’ai agi ainsi et que je ne m’en rends parfois même plus compte ! Je le reconnais, et j’ai pris conscience de la gravité extrême de ce comportement, qui revient à modifier petit à petit notre regard sur un frère ou une sœur de manière insidieuse. Un comportement qui revient à rompre une relation en fermant clairement la porte à toute possibilité de pardon.

J’en ai pris conscience, et je le regrette profondément. Et j’en suis venu à être persuadé d’une chose : c’est qu’une communauté qui vivrait en se complaisant dans cette pratique des relations ne peut pas réellement vivre dans la communion que le Seigneur désire pour nous. Ce n’est pas possible ! Comment être en communion les quelques moment où nous sommes ensemble si nous détruisons petit à petit nos relations le reste du temps ?

Mais il y a une autre voie. Une autre solution. Celle de revenir ensemble au cœur de l’œuvre du Christ qui vient sauver, rassembler et unifier son peuple. Celle de reconnaître que je suis, que vous êtes, que nous sommes des pécheurs pardonnés et sauvés en Jésus-Christ et que nous sommes appelés à grandir, pas rester des enfants désobéissants, mais grandir dans notre connaissance et notre relation à Dieu tout en pratiquant dans notre vie la volonté de Dieu pour nous.

Si nous croyons en cela, alors il nous faut travailler. Travailler à construire, vivre et entretenir des relations des honorent notre Seigneur. Des relations basées sur l’honnêteté, la bienveillance et le pardon. (pause)

Alors je pose la question : quelle serait pour nous la manière de vivre notre relation fraternelle tout en honorant notre Dieu ?

Nous en reparlerons cet après-midi et surtout le weekend prochain, mais notre Église a commencé il y a 1 an et ½ un cheminement à l’aide d’un outil qui s’appelle « Vitalité ». Un outil proposé par notre union d’Églises et qui aide les Églises à prendre conscience de ce qu’elles sont, de ce qu’elles veulent devenir, et qui les y accompagne.

Et pour préparer ce cheminement, il est notamment prévu d’établir en communauté une charte qui décrit la manière dont nous désirons vivre nos relations fraternelles. Cette charte n’est pas une loi, c’est pas fait pour se reprendre ou s’accuser mutuellement les uns les autres. C’est tout l’inverse. C’est une exhortation, un rappel permanent à recevoir chacun pour nous-mêmes. Un rappel de ce que nous aurons discerné ensemble sur des relations fraternelles qui honorent Dieu.

C’est une exhortation permanente, parce que comme je l’ai dit vivre une relation fraternelle qui honore Dieu ça ne va pas de soit, ce n’est pas une évidence, à cause de nos limites humaines. Mais c’est un travail, continu, avec l’aide de l’Esprit Saint. Un travail à vivre dans l’amour, la bienveillance, et surtout, surtout, c’est indispensable ! Dans la pratique du pardon.

Cette charte, nous en discuterons plus en profondeur durant le weekend d’Église de la semaine prochaine. Durant ce weekend, l’équipe vitalité va proposer de discuter par groupes différentes exhortations, puis nous ferons une mise en commun, et si nous le désirons ce qui en sortira constituera cette charte de relations fraternelles.

Et dans ces exhortations qui seront discutées, il y aura le sujet dont avons parlé ce matin.

En entendant cette réflexion commune, que le Seigneur nous conduise pour discerner et pour pratiquer entre nous ce qu’il considère comme juste, bon et honorable au sein de notre communauté.