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Soyons parfaits!

Cannes le 21 janvier 2018.

Je vous propose ce vœu, auquel Christ nous encourage : « Soyons parfaits »! Lisons un passage de l’évangile.

(Marc 10.17-27)

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se laissa tomber à ses genoux et lui demanda: «Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle? » 
Jésus lui dit: «Pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements: Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.» L’homme répondit: «Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse.» Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit: «Une seule chose te manque: va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel; puis viens et suis-moi.» Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples: «Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu!» Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend: «Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.» 
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux: «Mais alors, qui peut être sauvé?» Jésus les regarde et répond: «Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu; car tout est possible à Dieu.»

Pourquoi est-ce que Jésus donne ce commandement impossible ? Parce qu’en effet, il est impossible de “ tout donner ” comme le demande Jésus à ce jeune homme. Il faudrait ne plus exister. Et “ tout donner ”ne peut évidemment pas fonder un modèle de société. D’ailleurs, on sait que Jésus ne l’appliquait pas lui-même, puisqu’il avait une belle tunique que les soldats romains se sont partagées avec intérêt lors de son exécution.

Ce que propose Jésus au jeune homme est donc étrange. Nous aurions proposé au jeune homme riche très certainement quelques bons principes, du genre qu’il est bon de donner 10 % de ce que l’on a gagné, nous aurions pu lui dire de « partager » avec ceux qui sont dans le besoin… Mais ici non, Jésus ne dit pas cela. Et Il ne le dira nulle part.

Car tous ces petits principes moraux sont à la fois inspirés par l’Évangile et contraire à l’Évangile.

Ce qui en est inspiré, c’est la générosité qui va dans le sens de l’enseignement de Jésus, mais ce qui est contraire à l’évangile c’est d’enfermer cette générosité dans un cadre. Ce que Jésus propose, ce n’est pas de « partager » avec les autres, ni de donner la dîme, mais de donner sa vie! Ce qu’il nous donne comme loi morale, c’est ce genre de conseils : “ Va, vends tout ce que tu as, et donne-le ”, ou ailleurs “ Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. ” (Matthieu 5:48). Ces commandements impossibles sont à la fois source de libération et d’inspiration, alors que si Jésus nous avait donné des conseils raisonnables, cela aurait été moins bon pour nous.

Le premier inconvénient d’un principe moral comme, par exemple de donner la dîme, c’est que n’aurions pas à réfléchir, il faudrait le faire et c’est tout. Nous n’aurions plus à réfléchir mais seulement à appliquer : donne tant pour les pauvres, donne tant pour que l’Église puisse annoncer l’Évangile, brosse-toi les dents 3 fois par jour, prie au moins autant, va au culte…

Au contraire, Jésus nous dit : l’idéal serait de donner 100% de ce que l’on a, de prier 100% du temps, de rendre service aux autres à 100 % de ses forces… C’est impossible à faire, et c’est pour cela que c’est un excellent conseil, parce que Jésus nous donne de bonnes questions à nous poser, tout en nous laissant libre de voir ce que l’on peut faire au mieux.

La première chose que l’on peut dire, c’est qu’avec ces paroles choc, Jésus ne nous prend pas pour des « demeurés » mais bien comme des personnes responsables. Jésus ne réfléchira pas à notre place, il ne décidera pas à notre place. Oui, il est bon de donner. Mais pour ce qui est de savoir combien, comment, à qui, à quel moment… c’est à nous de voir, de réfléchir, de décider.

Ce jour-là, à ce jeune homme, Jésus dit de tout donner aux pauvres. À notre connaissance, c’est l’unique fois où Jésus le dit à quelqu’un.

Il ne l’a pas demandé à Zachée qui était très riche, il ne l’a pas demandé à l’apôtre Pierre qui possède une entreprise de pêche qu’il possède encore après les années passées auprès de Jésus, il ne l’a pas demandé au centurion romain qui est venu lui demander un coup de main. Et quand Marie-Madeleine répand une fortune en parfum sur ses pieds, Jésus la montre en exemple au lieu de dire qu’elle aurait mieux fait de donner cet argent aux pauvres !

À chacune de ces personnes, Jésus leur a dit ce dont chacune avait besoin, à ce moment-là, pour progresser, pour grandir, pour aller mieux, pour aimer un peu plus.

C’est pourquoi il est bon d’avoir une relation personnelle avec Dieu. C’est pourquoi il est utile de se laisser interpeller par la Bible, en particulier par ces paroles chocs de Jésus, cela nous aide à nous ouvrir à ce que Dieu nous propose aujourd’hui.

Car il a quelque chose à proposer à chacun de nous, en particulier. Cette parole qu’il a pour nous, c’est bien souvent comme cette parole qu’a Jésus ici pour ce jeune homme, c’est bien plus une piste de réflexion que réellement un ordre.

Quand un enfant tout jeune, il est bon de poser des règles simples à appliquer. Mais progressivement, l’éducation vise à développer en lui la capacité à s’adapter, car la vie n’est faite que de cas particuliers dont il faudra tenir compte, et développer ainsi sa personnalité.

Jésus est plutôt dans ce registre-là. Il ne cherche pas à nous mettre sur les rails d’une morale, mais il nous aide à nous construire par nous-même. Ainsi, quand Jésus lui dit de tout donner, tant mieux si ça aide des pauvres gens, mais c’est d’abord ce jeune homme que Jésus veut aider en disant cela.

Parce que le plus misérable pour Jésus, ce jour-là, c’est ce jeune homme prisonnier de son argent. C’est sur lui que Jésus pleure. C’est de cette maladie qu’il veut le guérir pour qu’il puisse avancer plus librement.

Quand Jésus lui dit “donne tout ce que tu as et donnes-le aux pauvres”, il pose de façon provocante cette question : Est-ce que c’est toi qui possède ton argent, ou est-ce ton argent qui te possède ? Nous pouvons aussi nous poser utilement ce genre de questions : Est-ce que je possède un ordinateur, ou bien est-ce que c’est lui qui me possède, ou bien mon travail, ou bien telle passion, tel loisir ou bien encore mon agenda…qui le maîtrise, lui ou moi  ?

Qu’est devenu ensuite le jeune homme riche ? Comme souvent dans l’Évangile, nous ne connaissons pas la fin de l’histoire, comme si elle était à écrire nous-mêmes, mais avec notre propre vie.

Ainsi, ce conseil impossible que Jésus pose, n’est pas donné pour nous culpabiliser. Au contraire. Il y a rien de moins culpabilisant et de plus libérant que ce qu’il nous propose. Si Jésus nous donnait des principes moraux à appliquer, on risquerait d’être culpabilisé ou alors d’être trop fier de nous. Par exemple, si Jésus nous avait ordonné selon la règle des juifs de son temps de donner la dîme, et que nous n’y parvenions pas parce que l’on est déjà étranglé par un loyer ou une situation dramatique, nous risquerions alors de penser que nous sommes mauvais.

Par contre, si on arrivait à donner ce qui nous serait commandé, nous serions tentés de nous dire : “ je suis vraiment un bon-chrétien, Dieu peut être fier de moi, heureusement que je ne suis pas comme Monsieur Machin, qui devrait avoir honte…” Et nous comprenons que cela ne serait pas bon pour nous dans aucun des deux cas.

Au contraire, l’idéal infini, que nous propose Jésus nous fait réfléchir sur nous-mêmes et sur ce que nous voudrions faire. Il nous parle d’un amour parfait, d’un don total et d’un pardon infini… Bien sûr, c’est impossible, mais on peut chercher à faire au mieux et à faire mieux

En fait, l’idéal que Jésus nous propose ici, c’est Dieu lui-même. Par définition, il n’y a pas d’idéal plus impossible à atteindre. Et bien ce n’est pas grave, Ce qui est formidable, c’est que Jésus ne nous demande pas d’y arriver mais de nous placer face à cet idéal, sachant que de toute façon, où que nous en soyons, Dieu nous aimera toujours comme un enfant tendrement aimé, tout comme Jésus aime ce jeune homme riche alors qu’il est prisonnier de son attachement à sa fortune.

Et Dieu lui seul peut vraiment être appelé « bon ». Jésus lui-même refuse qu’on l’appelle « bon », dans le cadre précis de ce cheminement qu’il nous propose ici, et c’est intéressant.

Si nous consacrons un euro pour aider telle personne, nous en privons telle autre qui en aurait eu besoin également. Il nous a bien fallu faire un arbitrage, un choix, qu’il nous faut assumer. Il nous aide pour que le peu, dont nous sommes capable, soit utilisé avec le maximum possible de bonté et d’efficacité. Le pardon de Dieu nous aide à assumer de ne pas avoir pu tout faire. Jésus lui-même était lié par ses limites physiques et sa bonté, par conséquent, était contrainte.

La vie en ce monde est complexe. Bien souvent il n’y a pas de solution parfaitement bonne, mais seulement des solutions meilleures, ou moins mauvaises que d’autres. Même Jésus était soumis à cela. Par exemple quand il est face à une personne malade le jour du Sabbat. Soit il fait attendre cette personne, par respect du sabbat,  soit il fait attendre Dieu, en guérissant d’abord le malade. Jésus est ainsi pris dans cette contradiction où toutes les solutions comportent une faute. Guérir le malade peu passer pour un mépris de Dieu, ne pas le guérir tout de suite passe pour un mépris de son prochain qui souffre. Les religieux de l’époque l’avaient très bien compris et ils n’ont eu de cesse que d’essayer de le prendre au piège de cette complexité.

Aux yeux des hommes et de la religion de son temps, Jésus n’était pas sans (fautes) contradiction morales. Parce que ce n’est pas possible en ce monde. Mais l’humain qu’incarne Jésus est pourtant sans faute, c’est à dire que dans son propre cheminement il est, et il reste tourné vers Dieu, pour qu’il le secoure et l’accompagne dans cette difficulté qu’il y a à vivre en ce monde. C’est là, la clef de la vie de Jésus, c’est là, la clé qu’il nous donne.

En tant que chrétien, devant cette nouvelle année qui s’ouvre devant nous, puisque Jésus nous encourage à cette audace, je vous propose ce vœu : Soyons parfaits comme notre Père Céleste est parfait. Et comme il nous encourage aussi au pragmatisme, c’est-à-dire à cette capacité à s’adapter à la réalité: faisons pour le mieux, espérons faire mieux en nous plaçant face à la grâce à de Dieu.

Nous pouvons ainsi cheminer ensemble vers cette perfection qu’est Dieu. Sachant qu’il est impossible d’y arriver pour un humain seul, Dieu fait le miracle. Son pardon, son aide nous donneront assurément  d’avancer humblement d’un pas peut-être, mais d’avancer dans sa bonté.

Grâces lui soient rendues et meilleurs voeux pour 2018!

Amen