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Un direct dans votre foi!

Marc 5, 21 – 42

La vie quotidienne se charge bien souvent d’entremêler les événements, sans tenir compte de nos préoccupations, comme dans notre lecture de ce matin, où deux récits s’interpénètrent. Mais je crois qu’il y a ici plus qu’un simple concours de circonstances : les deux événements sont liés, et pas seulement par leur disposition en sandwich. Ils sont liés aussi par quelques petits détails propres à nous faire dresser l’oreille. Cette femme d’âge mûr qui vient d’être guérie, Jésus la désigne par un mot : fille. Dans le grec, ce mot (traduit par « fille ») évoque pas seulement le genre (garçon/fille), mais la filiation (fille de quelqu’un) pour rappeler à cette femme exclue de la société qu’elle a des liens humains. Et justement ce même mot est employé dans le verset suivant pour désigner une autre fille (de quelqu’un) : la fille de Jaïros… Laquelle fille de Jaïros (autre détail) a douze ans, pour les enfants l’âge d’entrée dans la vie sociale à l’époque… douze ans comme la durée de la maladie de celle qui elle va retrouver une vie sociale… De quoi réfléchir sur l’impact de l’œuvre divine dans la vie de ceux que Jésus délivre.

Ce sur quoi je veux m’arrêter ce matin, c’est la foi des deux personnages

Une foi que Jésus reconnaît. Jésus la reconnaît chez celle qu’il vient de guérir involontairement. Et chez le chef de la synagogue, il la reconnaît aussi puisqu’il la consolide, au moment où il n’y a plus d’espoir. Nous allons donc voir dans ces deux histoires deux manifestations de foi très concrètes, et mieux saisir ce qu’elles impliquent, chez les personnages de notre récit, et dans un deuxième temps chez nous.

Dans une première approche, je dirai que la foi de Jaïros comme celle de cette femme correspond à un espoir : celui que Jésus a les moyens de soulager la maladie ou de sauver un enfant d’une mort qui apparaît inévitable. Et cet espoir est comblé : Ta foi t’a sauvée, dit Jésus à celle qu’il vient de guérir (ici, comme assez souvent dans les évangiles, le verbe sauver est à comprendre dans le sens de guérir)Quant à la foi de Jaïros, elle aussi obtient un effet semblable : en acceptant que Jésus continue son chemin vers sa maison, en obéissant à son exhortation à croire, il participe au sauvetage de sa fille : en quelque sorte, la foi du père a été honorée par une réponse.

Mais, est-ce bien la foi qui les sauve ?

Au risque de surprendre, je dirai qu’à proprement parler, ce n’est pas tout à fait exact. Il y a des façons de parler qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Jésus dit bien : ta foi t’a sauvée, mais la foi n’est pas la cause première du salut. Je m’explique : il ne faut pas confondre le moyen (la main tendue de celui qui est en train de se noyer, qui a foi en celui qui lui porte secours) avec la cause du salut (le sauveteur). Bien sûr, il importe de tendre la main, mais la foi est une cause seconde. L’évangéliste Marc ne dit pas autre chose, quand il mentionne qu’une force est sortie du Christ ; et non de la foi de la malade. Et cela apparaît aussi au moment où Jésus ordonne avec autorité à la jeune fille de se lever. C’est lui qui relève la jeune fille, pas la foi du père. Il saisit l’enfant par la main et lui ordonne de se lever.

Pour autant, la foi n’est pas restée inactive. Ce que je dois remarquer, c’est qu’elle conduit nos personnages à faire des choses et des choses qui vont leur coûter. Pour Jaïros, le représentant autorisé du judaïsme, faire appel à ce Jésus qui n’arrête pas de critiquer ses pairs, s’avouer publiquement son débiteur n’est pas politiquement correct. Il risque fort de se faire mal voir de ses collègues de la synagogue, quand ils vont l’apprendre. Quant à cette femme, sa maladie liée au sang a une dimension sacrée qui l’exclut de la sphère religieuse et sociale. Elle fait partie des impurs, des intouchables. Outre les multiples déceptions du passé qu’elle doit surmonter, elle se voit obligée de braver les interdits de sa société, en osant se mêler à la foule, et toucher Jésus.

Et ce n’est pas tout : non seulement la foi manifestée a un coût immédiat, mais elle entraîne nos personnages encore plus loin que ce qu’ils avaient prévu. Certes, pour cette femme la guérison est effective immédiatement, et elle s’en rend compte tout de suite. Mais elle devra dire en présence de la foule la vérité, toute la vérité, malgré sa grande crainte ! Quant à Jaïros, le premier pas de foi qu’il a accompli ne suffit pas : Jésus s’est arrêté en chemin, et c’est du temps perdu pour sauver sa fille ; si bien qu’à un moment donné, il est trop tard. Et c’est là qu’une nouvelle épreuve s’impose. Jésus dit au chef de la synagogue : N’aie pas peur, crois seulement. Que Jésus soit arrivé à guérir, cela pouvait sembler possible aux plus sceptiques : il l’avait déjà fait. Mais qu’il se montre capable de vaincre même la mort, voilà qui demandait de la part de Jaïros un pas supplémentaire. Ici, la foi a pour conséquence une réponse à la prière mais elle entraîne une évolution sur la personne qui fait cette prière.

À propos de la qualité de foi de nos personnages

Est-ce qu’on peut parler d’une forte conviction ou d’une tentative de la dernière chance ? (Si ça fait pas de bien ça fera pas de mal). La question mérite bien un détour, car aux yeux de leurs contemporains juifs (y compris les disciples), ni l’un ni l’autre de nos personnages ne fait figure de premier de la classe. En tant que chef de la synagogue, Jaïros incarne cette opposition que Jésus a connue durant tout son ministère. Ce n’est pas un bon point, pour lui. Et puis, il vient parce qu’il n’a pas le choix. Personne n’a de solution. Sa fille est à la dernière extrémité, et c’est de plus en plus urgent. Et que dire de la foi de cette femme ? Que représente Jésus pour elle, sinon un médecin ou un guérisseur de plus que ceux qu’elle a consultés, qui peut agir par simple contact (si je touche ne serait-ce que ses vêtements…) comme par magie, qui plus est au prix d’une transgression de la Loi ! Et en plus, elle compte le faire sans que Jésus s’en rende compte, comme pour lui dérober quelque chose… La différence est qu’il s’agit du Fils de Dieu, me direz-vous. Bien sûr ; mais elle avait sans doute essayé beaucoup d’autres médecins-guérisseurs, et venait là en désespoir de cause.

Alors, foi ou superstition ?

Eh bien je dirai : « peu importe ». La qualité de foi de nos personnages ne plaide peut-être pas en faveur d’un exaucement ? Qu’à cela ne tienne ! Jésus exauce tout de même ; il ne s’arrête pas à la pureté spirituelle de la démarche. Et c’est ce qui me semble le plus extraordinaire… Il exerce sa miséricorde, pour des gens qui souffrent, et qui n’ont rien d’autre à faire valoir que leur souffrance. Plutôt que de la valeur de la foi de l’un ou de l’autre, je crois qu’il vaut mieux parler du privilège d’une situation. Le Messie se trouve là à ce moment, et il manifeste sa bonté autour de lui. Certes, à partir des délivrances accordées, la foi va devoir se trouver un contenu plus étoffé, à la lumière de l’enseignement de Jésus. Mais dans l’immédiat, ce dernier n’ignore pas la main tendue vers lui, sous prétexte qu’elle est mal tendue.

Venons-en, à présent, à notre situation. Et je m’en tiendrai à deux questions que notre lecture pose.

– A propos de nos conceptions sur la foi. Nous avons des normes bien établies sur ce qu’elle doit être, sur son contenu. Un tel contenu reste important, et nous nous devons d’y rester fidèles. Néanmoins ce souci de précision, de fidélité aux textes, auquel nous sommes attachés, ne doit pas nous pousser à juger trop vite ceux que nous pourrions trouver naïfs, ou même superstitieux, dans leur manière de faire appel au Seigneur. Jésus est resté libre à l’égard de tout cela : il a d’abord accordé la délivrance, même si dans un deuxième temps il a pu délivrer son enseignement. Alors, si le Fils de Dieu exauce des naïfs ou des superstitieux, pourquoi nous ne nous en réjouirions pas ?

D’ailleurs, notre propre foi est-elle absolument pure ? Quelles sont les motivations ou les intérêts qui nous poussent à nous approcher du Seigneur ? Ces intérêts sont-ils toujours conformes à ce que Dieu veut ? N’y a-t-il pas quelques restes d’idolâtrie dans les représentations que nous nous faisons de Dieu, même si elles ne prennent pas la forme d’images taillées ? Autrement dit, le Seigneur n’aurait-il plus besoin d’exercer sa grâce à notre égard ?

– Quant à l’autre question, la voici : est-ce que notre foi nous conduit à faire des pas supplémentaires, comme pour nos personnages ? Je crois que dans ce domaine, la tentation principale consiste à nous reposer sur nos lauriers ou nos habitudes. Mais la vie chrétienne c’est plus une marche qu’un stationnement. On entend parler parfois de la foi qui déplace les montagnes ; c’est encourageant, mais ici il est parlé de la foi qui déplace les fidèles. À méditer…

Pour terminer

Dans notre lecture c’est Jésus qui invite à faire un pas de plus, et cela au moment convenable. La foi consiste à répondre à ces invitations. Comment les percevoir ? Il n’y a pas toujours des signes évidents, mais pour faire bref, je dirai que la nourriture procurée par une lecture assidue de la Bible est d’un grand secours. Pas forcément un verset sur lequel on tombe en ouvrant sa bible au hasard, mais une réflexion modelée par la fréquentation régulière de la Parole divine. J’emploie le mot fréquentation, pour le texte biblique, mais dans le même temps je parlerai de fréquentation par la prière, de Celui qui est la Parole divine. Comme dans notre récit de ce matin, c’est sa présence à nos côtés qui permet à la foi de s’épanouir. La foi est vécue par nos propres rencontres avec le Christ. Alors, nous pouvons avoir confiance en Celui qui nous a sauvés : plus qu’en nos propres lauriers, plus qu’en nos propres progrès, nos qualités, et même notre foi. C’est sur lui que nous devons compter. Il reste à nos côtés par son Esprit. Qu’il nous guide et nous vienne en aide.