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Pratiquer la présence de Dieu…

Note : Ce dimanche là, pour cause de travaux dans la salle de culte de notre Temple, nous avons dû vivre notre culte dans un autre local.

Bonjour à tous. Ce matin, ainsi que la semaine prochaine, nous voila un tout petit peu déracinés. Pas pour tous, parce que ceux d’entre nous qui font partie de cette communauté depuis longtemps connaissent bien ce Temple. Mais je crois que pour un bon nombre de personnes, venir ici est une première. D’où ce petit déracinement.

Ce n’est jamais banal de changer de lieu. Surtout quand notre but est d’adorer notre Dieu. On peut être déstabilisé visuellement. On perd quelques repères. Et on a beau tous dire que louer Dieu ne se fait pas par habitude, ça se fait par conviction, et bien ces petits repères, ces petites habitudes sont quand même importantes pour nous. Ce sont des points d’ancrage qui nous rassurent, qui nous apaisent.

Changer de lieu, ce n’est pas rien. Et pour en discuter j’aimerais que nous lisions ce matin ce fameux appel, ce célèbre voyage demandé par Dieu au premier patriarche de la Bible, je veux parler d’Abraham, qui s’appelait à l’époque Abram. Et nous lisons en Genèse, chapitre 11 au verset 31, jusqu’au chapitre 12 au verset 9.

Lecture Genèse 11.31-12.9

Ce texte nous parle donc de la famille de Térah, dont Abram est le fils. Et Térah prend avec lui sa famille et quitte la ville d’Our, en Mésopotamie, pour se rendre en Canaan. Mais comme entre les deux, il n’y a qu’un immense désert, ils sont obligés de contourner ce désert par le nord en suivant ce qu’on appelle « le croissant fertile ». C’est ce qui les amène à Harân, qui est une grande oasis. Mais finalement ils ne continuent pas leur chemin jusqu’en Canaan, ils s’installent à Harân. Et c’est après plusieurs années que Dieu s’adresse à Abram en lui demandant de continuer sa route.

Il y a plusieurs choses étranges dans ce texte. En effet, on ne nous dit pas pourquoi Térah décide de quitter la Mésopotamie avec toute sa famille pour se lancer dans l’immense voyage jusqu’en Canaan. Et on ne nous dit pas non plus pourquoi finalement ils ont abandonné leur projet en s’installant définitivement à Harân, environ à mi-parcours. On peut trouver aussi étrange de voir Abram obéir à ce Dieu qui semble s’adresser à lui pour la première fois. Dans ce texte on a l’impression qu’Abram ne connaissait pas encore Dieu, mais que le Seigneur lui dit de faire ses bagages, et qu’Abram obéit. C’est un peu étrange.

Mais si ça semble étrange c’est uniquement parce que ce texte nous raconte l’essentiel de l’histoire de cette famille. Il passe sur les détails. En revanche un autre texte de la Bible nous donne plus de détails sur cette période de la vie d’Abram. Et je vous lis donc en Actes chapitre 7 les versets 2 à 4.

Lecture Actes 7.2-4.

Ce texte des Actes nous donne plus de précisions. Dieu s’était déjà révélé à Abram alors qu’il se trouvait encore en Mésopotamie, c’est-à-dire dans la ville d’Our. Et il avait déjà demandé à Abram de quitter son pays et sa parenté pour se rendre en Canaan. Abram est donc parti, mais son père Térah est venu avec lui d’après le texte de Genèse.

Pourtant ils se sont arrêtés à mi-parcours, à Harân, ils s’y sont installés, et le texte d’Actes 7 nous précise que ce n’est qu’après la mort de son père qu’Abram et sa famille ont fait leurs bagages pour se rendre enfin en Canaan.

Et j’avoue que ces quelques précisions me rassurent personnellement, elles rendent Abram plus humain. Parce qu’on a tendance à le montrer comme un super-croyant, celui qui ne doute pas. Celui qui va tout quitter sur une seule parole de Dieu. Celui qui obéit alors que Dieu lui parle pour la première fois.

Mais ce que nous montrent ces deux textes, c’est qu’Abram avait déjà une relation personnelle avec Dieu lorsqu’il habitait en Mésopotamie. Dieu s’était déjà révélé à lui. Dieu lui parlait déjà. Sa foi et sa confiance en Dieu ne sont surement pas nées du jour au lendemain. Mais il a pu expérimenter l’amour et la fidélité de Dieu qui ont fait grandir chez lui la foi et la confiance.

Un peu comme nous. Avoir confiance en Dieu, avoir foi en lui. Ce n’est pas inné. Ca ne nous tombe pas dessus dans un rêve ou une révélation. C’est un apprentissage. Nous vivons, nous expérimentons, parfois même peut-être est-ce que nous testons la fidélité de Dieu et son amour à notre égard. A certain moment nous en sommes convaincus ! Parfois, nous en doutons. Et petit à petit, nous apprenons à nous en remettre à Dieu. A lui faire confiance. A lui obéir même quand nous ne comprenons pas toute la situation.

Si Abram a eu foi en Dieu, s’il lui a obéi et s’il a pu quitter son pays avec confiance, c’est avant tout parce qu’il pratiquait déjà quotidiennement la présence de Dieu et sa relation à lui.

Je ne sais pas si vous avez entendu parler de Nicolas Herman. C’était un ancien militaire, qui est devenu moine vers 1650 au monastère des Carmes déchaux à Paris, où il a pris le nom de Laurent de la Résurrection. Et il a écrit plusieurs lettres dans lesquelles il parle de sa vie spirituelle. Et lorsqu’il en vient à résumer finalement l’essentiel de la vie spirituelle, voici ce qu’il en dit :

« La seule pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle, est la présence de Dieu ; c’est de se plaire et s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec Lui, de temps en temps, sans règle ni mesure. »

Je trouve ça extraordinaire, surtout venant d’un moine qui ont la réputation d’avoir une vie spirituelle réglée comme une horloge, avec des prières à heure fixe. Des moines qui quittent tout pour se consacrer à leur vie spirituelle.

Mais lui nous dit que tout ça, ce n’est pas l’essentiel, c’est pas si important. « La seule pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle, est la présence de Dieu ; c’est de se plaire et s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec Lui, de temps en temps, sans règle ni mesure. »

Ce moine nous décrit en fait ici ce que c’est que de vivre et de développer une relation quelle qu’elle soit. Pratiquer la présence de l’autre. S’accoutumer à sa présence. Se parler humblement avec amour, de manière continue, sans règle ni mesure.

Ce moine nous écrit ici que la vie spirituelle, la relation à Dieu, ce n’est pas une chose inscrite dans un lieu, ou dans des règles, ou dans une manière de faire. Mais la vie spirituelle, la relation à Dieu, c’est notre vie, c’est tout, notre vie de chaque instant. C’est très simplement que partout et à tout moment nous sommes appelés à aimer Dieu, à lui exprimer notre reconnaissance, notre attachement, notre confiance. Pas que dans les grandes choses, mais aussi dans les petites choses du quotidien.

D’ailleurs dans une autre lettre ce même moine nous écrit ceci : « Il ne faut pas se lasser de faire de petites choses pour l’amour de Dieu qui regarde non la grandeur de l’œuvre mais l’amour. Je retourne ma petite omelette dans la poêle, pour l’amour de Dieu. »

Même ce petit geste banal, il le fait avec reconnaissance et amour pour son Dieu.

Je pense que c’est ce qu’Abram avait commencé à développer en Mésopotamie. Pratiquer la présence de Dieu et parler avec lui, sans règle ni mesure. C’est ce qui a fait naître et grandir en lui la foi et la confiance en Dieu. Et c’est ce qui a permis son obéissance le jour où Dieu lui a demandé de se mettre en marche.

Pourtant Abram n’est pas allé directement jusqu’en Canaan. Il s’est arrêté, surement pendant plusieurs années, à Harân. Mais pourquoi ? Est-ce que sa foi en Dieu faiblissait ? Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout de son obéissance ?

Les textes que nous avons lus ne le disent pas, mais il y a deux indices qui peuvent peut-être nous éclairer. Alors là attention nous rentrons dans des hypothèses, mais tout de même basées sur le texte biblique.

En Actes 7, on nous dit qu’Abram a quitté Harân après la mort de son père. Et en Genèse 11 on nous dit que Térah, le père d’Abram, est mort à Harân à un âge très avancé.

Et là, je me plais à penser que, peut-être, Abram a arrêté son voyage parce que son père vieillissait, et qu’il ne pouvait plus continuer. Il se serait alors arrêté dans cette ville d’Harân, pour veiller sur son père pendant la fin de sa vieillesse, son père n’ayant personne d’autre que lui. Parce que même pour Dieu, aimer notre père céleste ne va pas sans aimer nos parents terrestres. La preuve en est qu’honorer nos parents est un des 10 commandements que Dieu donna à son peuple.

La foi d’Abram n’a pas faibli. Sa confiance n’a pas baissé. Mais je le répète, notre vie spirituelle, notre relation à Dieu, c’est tout simplement notre vie, entière, avec ses rebondissements, ses changements, ses imprévus.

Le moine Nicolas Herman nous parlait des petites choses faites pour l’amour de Dieu. Et bien la pause qu’Abram a faite dans son voyage, il l’a faite pour l’amour de son père céleste en montrant de l’amour à son père terrestre.

Puis toujours Dieu et Abram se parlent. Le père d’Abram décède, et il est temps de reprendre le voyage jusqu’en Canaan.

Et lorsque qu’Abram arrive à destination, je trouve marquant de voir qu’à chaque endroit où il se fixe, le texte ne nous raconte rien de ce qu’y s’y passe, sauf une chose : partout où Abram vit, il construit un autel à l’Éternel. C’est la seule chose que nous dit le texte sur ce qu’a vécu Abram à Sichem et à Béthel. Il construit un autel à l’Éternel.

Le reste, ce serait du détail. Mais la seule chose qui compte, la seule chose commune et nécessaire, c’est qu’Abram continuait à pratiquer la présence de Dieu, à se plaire et à s’accoutumer en sa compagnie et à lui parler.

Abram n’était pas un super-croyant dont la foi est apparue comme par magie et qui a obéi en un claquement de doigt. Il était comme nous. Il a appris la foi et la confiance. Il a travaillé et expérimenté sa relation à Dieu. Il a mis son amour pour Dieu à l’œuvre dans sa vie, autour de lui, avec ses proches. Il a même douté, parce que si vous continuez la lecture de ce chapitre 12 de la Genèse vous verrez qu’en Égypte Abram a menti et a trahi sa famille parce qu’il avait peur pour sa vie.

Mais malgré ses fautes et ses moments de doutes, Abram a continué à dialoguer humblement et amoureusement avec son Dieu, tout comme Dieu continue partout et à chaque instant à nous parler et à nous prouver son amour et sa fidélité.

Aujourd’hui, nous aussi nous sommes un peu déracinés. Certains plus que d’autres. Certains sont nés et ont grandi ici et ne vivent que le changement de lieu de culte ce matin. Mais d’autres viennent de régions ou de pays différents et vivent un plus grand déracinement.

Mais si les personnages bibliques ne sont pas parfaits, ils restent néanmoins pour nous des exemples. Parce que c’est dans cette imperfection, et avec nos limites, nos craintes et nos doutes, que nous sommes appelés par Dieu à rechercher sa présence. A la vivre paisiblement au quotidien. A s’y habituer, à l’expérimenter.

C’est dans notre humanité que nous devons apprendre à parler avec Dieu, parfois en prenant un temps et un lieu spécial, mis à part, comme Abram qui construisait des autels. Mais surtout, comme nous y appelle le moine Nicolas Herman, que nous puissions apprendre à parler à Dieu « humblement et amoureusement, de temps en temps, sans règle ni mesure. »

Parler à Dieu, vivre sa présence, et que notre amour pour lui se reflète dans nos vies. C’est la clef pour vivre dans la paix et la joie du Seigneur, partout et à chaque instant, tel que nous le promet ce célèbre texte de Philippiens 4, et je terminerais par la lecture de ce passage.

Lecture Philippiens 4.4-7.

Amen.

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